Histoire de l'île de Groix ...

  

 

 

 

Sommaire

des pages de la guerre 1914/1918

 

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Les groisillons dans la tourmente de 1914/1918

1 - L'année 1914 (suite)

 

Vers la stabilisation du front occidental : l'Aisne (14 septembre), Verdun et Saint-Mihiel (22 septembre), d'Ypres à Calais (16 octobre-15 novembre 1914)

Les Allemands se stabilisent au nord de la rivière de l'Aisne et le long du Chemin des Dames, car nos troupes épuisées n'ont pu pousser au-delà. Le 22 septembre ils tentent une offensive à l'est de Verdun et en Argonne. Ils échouent à Saint-Mihiel, ne réussissant qu'à créer un saillant qui leur permet de contrôler la voie ferrée et le canal desservant Verdun.

Aucun des deux adversaires ne parvient à prendre l'avantage sur l'autre ; ni sur la Meuse, ni sur l'Aisne. Ils cherchent alors à se déborder mutuellement vers l'est et, de bataille en bataille, étendent leurs lignes dans les Flandres jusqu'à la mer du Nord. C'est ce que le a appelé la "Course à la Mer". Après la chute d'Anvers (le 8 octobre), dernier réduit de la défense belge, puis celle de Lille (après une résistance qui étonna Joffre et Foch), les Allemands veulent porter un coup décisif le 20 octobre. Ils tentent de séparer de Calais, mais tous leurs assauts sont repousses devant Ypres et sur l'Yser par les troupes de French, appuyées par les restes de l'armée belge échappés d'Anvers. Finalement, le 15 novembre, les Allemands s'emparent de Dixmude. Ils tiennent toute la Belgique à l'exception d'une étroite bande de terrain reliant Nieuport et Ypres et longeant la frontière française. Cette bataille des Flandres, quoique indécise, met fin aux opérations offensives et aboutit à l'immobilisation des fronts et aux longs combats de positions que l'on appellera la guerre de tranchées, ou guerre de positions.

En résumé, cette première période de la guerre, dont l'issue s'avère positive pour les Allies, est le prélude des combats qui s'éterniseront jusqu'à la victoire finale de fin 1918. En ce qui concerne cette étape du conflit, trois constatations s'imposent au sujet de la fortification :

*	Pour envahir la France, l'Allemagne avait prévu depuis longtemps que lui serait plus aisé de faire tomber
 la défense belge plutôt que la "barrière de fer" de Sère de Rivières.
*	Les forts de la Meuse ont contribué à la victoire de la Marne.
*	La place de Verdun a bien joué le rôle d'importance capitale qui lui avait été assigné par les organisateurs de la défense de la frontière de l'est après la guerre de 1870-1871. Elle conservera pendant 
toute la guerre ce rôle de "place forte d'arrêt".

La course à la mer et la bataille des Flandres,

Après leurs défaite de la Marne, les allemands se replient dans le nord. Ils se sont fixés comme objectifs de relancer une offensive pour en finir avec le front ouest, le front français .

Leurs objectifs : déborder et repousser l'aile gauche française, s'emparer des dernières villes de Belgique et du nord de la France, marcher sur Calais et Dunkerque, établir ensuite une tête de pont vers la Normandie et foncer droit sur Paris ! Ces objectifs allemands ne furent pas atteints, les français et les alliés les repoussèrent . La percée ne fut pas réalisée . On peut donc parler de victoire défensive .

Mardi 15, arrivée de la 22° D.I. à St-Hilaire le-Grand après être passée par Fère-Champenoise, et Châlons /Marne. La 43ème brigade est portée en soutien de la 44ème arrêtée par une forte arrière-garde ennemie qui l'empêche de dépasser la ferme des Wacques.

Le 62ème bivouaque à 2km5 au sud de cette ferme. Le 1er bat. organise, pendant la nuit, les hauteurs au nord-est de Jonchery.

Mercredi 16, le 62ème conserve les mêmes positions. A 16h., il reçoit l'ordre d'appuyer, par 2 bat., le mouvement d'une brigade de chasseurs à pied sur le moulin de Souain. Mais la forte organisation des positions allemandes, appuyée par de nombreuses batteries d'artillerie lourde, toujours active, fait renoncer à cette offensive.

Le 62ème reprend ses emplacements et bivouaque au sud du bois des Wacques.

Jeudi 17, le 62ème reçoit l'ordre d'organiser, face au nord, les hauteurs au nord-est de Jonchery. Le travail est interrompu à deux reprises par une violente canonnade ennemie.

Vendredi 18, début de la bataille de Picardie

A 2h., le 62ème est relevé par des unités du 12ème C. A.

Le 11ème C.A. passe à la Vème armée commandée par le général Franchey d'Esperet.

Le 62ème se porte sur Ludes (nord de la forêt de la montagne de Reims) par Mourmelon-le-Grand, Villers Marméry et Verzenay.

Samedi 19 (au 12 oct.), bataille de Lassigny - Roye (Chaulnes, Andéchies, Le Quesnoy en santerre)

Le 62ème reçoit l'ordre d'organiser face au nord la ligne: Montbre (1er bat.), Saint-Jean (2ème bat.), Château-Romant (3ème bat.). Les travaux commencent à 9 h.. A 15 h., le régiment quitte ses positions pour se porter par Chigny et Rilly-la-Montagne sur Mont-Chenay, où il arrive à 21h. et y cantonne.

Dimanche 20, le 62ème quitte son cantonnement pour aller appuyer la 21ème division et la division marocaine qui doivent attaquer dans la direction de Saint-Léonard et de Nogent-l'Abbesse.

Il reste en position d'attente au sud-est de Montbre jusqu'à 14 h.; il reçoit ensuite l'ordre d'aller cantonner à Montbre.

Lundi 21, (jusqu'au 26), bataille de la Woevre (Chute de St Mihiel)

A 18h., le 62ème se porte par Champ-Fleury, Sacy, Bligny, sur Chaumuzy où il arrive à 4h du matin.

Mardi 22, à 12 h., le 62ème reprend la marche par Romigny sur Moreuil-en-Dole, où il arrive à 23h. et cantonne.

Mercredi 23, le 62ème se porte sur Chaudun et Pierrefond-sur Compiègne, où il arrive le 25 sept. à 17 h..

De l'Aisne à la Lys :

Le jeudi 24 septembre, la bataille recommence entre Lassigny et la Somme . Les allemands paraissent avoir amené presque toutes les forces qu'ils avaient laissés en Belgique. Joffre écrit à Millerand que " le moment est venu pour l'armée belge d'agir sur les communications de l'ennemi" .

vendredi 25, le 62ème s'embarque à Compiègne jusqu'à Longueau, d'où il se porte sur Lahoussoye (nord-est d'Amiens). Il met en état de défense les hauteurs nord et est entre Lahoussoye et Bonnay et cantonne sur place.

Afin de continuer leur rôle de couverture vis-à-vis de la 2ème armée, les divisions territoriales de Brugère se portent en direction de Bapaume-Arras; et mêlées assez confusément au corps de cavalerie français du général Conneau, elles doivent livrer, le 26, un rude combat .

La 82eme division territoriale s'était, en effet, dirigée vers Longueval, où des coureurs ennemis lui avaient été signalé. Au débouché de ce village, elle fut accueillie par une pluie de balles bien dirigées, les allemands s'étant retranchés dans la ferme Waterlot. Le combat s'étendit vite et nos poilus eurent à supporter un feu d'infanterie des plus violents sur la lisière sud-est de Longueval, ainsi que les obus des batteries allemandes installées derrière le bois des Bouleaux. Mais ces régiments français, incomplètement équipés et armés, à peine entraînés, composés presque exclusivement de père de famille, firent preuve d'une bravoure superbe. Bien que défendue par les grenadiers de la Garde Prussienne, les poilus l'enlevèrent à la baïonnette .

Malgré ses pertes, la division ne cède pas un pouce de terrain. Au soir, les rues de Longueval regorgent de morts et de blessés. Mais nos territoriaux organisent défensivement la lisière du bois Delville et celle du village. Ils ne s'en laisseraient pas déloger, si, dans la nuit, ils ne recevaient l'ordre de se porter plus l'ouest, vers Bouzincourt. Leur mouvement s'opère sans éveiller l'attention de l'ennemi.

Le front va se maintenir au sud de la Somme; mais, au nord de cette rivière, les divisions territoriales se replient sur la rive ouest de l'Ancre où elles se retranchent.

Samedi 27 (?), mort du second groisillon, Laurent DERRIEN, du corps des fusiliers marins, de Ker Port-Lay, tombé lors lors de la "course vers la mer"

Presque en même temps, le 4eme Corps du général Boëlle se heurte à des forces considérables et il est ramené en arrière de Roye. Les Allemands ont tiré un précieux avantage de la forme concentrique de leur front qui facilite leurs transports.

Ainsi se termine la première phase de la lutte dans la région de Roye. Si nous sommes accrochés au terrain, toutes les tentatives ennemies sont restées infructueuses, malgré leur violence. Mais il va nous falloir transporter de nouvelles forces sur la Somme, et bientôt, au-delà. acheminées par voie de terre et par camions automobiles sur la région de Compiègne, les 10ème et 11eme Corps s'embarquent ensuite en chemin de fer pour gagner la région d'Amiens. Ces Corps seront bientôt suivis par la division Barbot, la 70eme division de réserve et deux divisions de cavalerie.

Lundi 28 (au 12 oct), siège et chute d'Anvers (le 9 oct.)

La 22ème D.I. se porte au nord de la 21ème D.I. engagée vers Albert. A 11 h., le 62ème se dirige sur Mesnil en soutien de la 44ème brigade qui marche sur Authuile et Thiepval. Le 1er bat. reçoit l'ordre d'occuper Authuile et de tenter, avec le 19ème, une attaque sur Thiepval. Cette attaque, commencée à 22 h., ne réussit pas.

Mardi 29, l'offensive est reprise dans la matinée. Le 19ème, soutenu par le 1er bat. du 62ème R.I.,attaque de Hamel et Authuile sur Thiepval. Le 3ème bat. du 62ème attaque le bois d'Authuile. Le 2ème bat. est en réserve à Mesnil. Les positions ennemies sont tenues solidement et l'attaque ne peut progresser que lentement. Dans la soirée, le 1er bat. du 62ème, appuyé par des éléments du 19ème , réussit à enlever et à occuper la cote 141. De son côté, le 3ème bat. du 62ème enlève le bois d'Authuile, mais il perd son chef, le commandant de Vial, qui est très grièvement blessé.

Mercredi 30 et jeudi 1er oct., le régiment maintient ses positions.

 

Octobre

Jeudi 1er, (au 26), bataille d'Arras (Lens, Beaurains, …)

Des renforts vont affluer et se concentrer au nord de la Somme, mais il importe que la 2ème armée (Castelnau) continue, au sud, de tenir solidement. Il ne se maintient qu'avec peine, car le renforcement constant de l'aile gauche exige de continuels prélèvements d'effectifs sur les différentes parties du front.

L'arrêt de la droite allemande et son débordement devient de plus en plus le but suprême auquel concourent tous les mouvements. En Picardie, les positions sont conservées, mais on ne peux arrêter les progrès de l'ennemi. Castelneau est partout, mais il n'a pas assez de monde sous la main pour forcer la droite de Bülow qui monte sans cesse vers le nord, en direction du plateau de Thiepval.

Vendredi 2, la 22° D.I. passe à la IIème armée dans la Somme. Le général Pambet est remplacé par le général Bouyssou.

Un nouveau Corps de cavalerie commandé par le général de Mitry, a mission de gagner le nord de la Scarpe. De rivière en rivière, de kilomètre en kilomètre, d'heures en heures, la course à la mer se faisait plus disputée, plus âpre, plus avide de vitesse .

De Picardie elle était passée en Artois et elle venait d'atteindre la Flandre. C'était là l'inévitable champ clos où elle ne trouverai, en guise de but, qu'un formidable choc .

Les forces du général de Maud'huy étaient réparties au sud et au nord d'Arras, des environs d'Albert à l'est de Lens et de Béthune. Leur situation s'aggrave.

Alors que le 10eme Corps attaque, au sud d'Arras, avec énergie e, deux divisions, qui viennent de débarquer, sont très violemment prises à partie par des colonnes allemandes débouchant de la région de Douai. Par bonheur, ces divisions ont à leur tète le général Barbot et le général Fayolle. Dès le début de l'action, l'ennemi fonce si rudement que la division Barbot perd Monchy-le-Preux, mais se maintient sur le plateau à l'est d'Arras. La division Fayolle résiste avec peine au sud-est de Lens. Le prince Ruprecht de Bavière, qui vient d'arriver de Lorraine, cherche par une marche rapide sur Arras et Amiens, à envelopper notre aile gauche. Mais ce qu'il veut surtout, c'est nous retenir et empêcher notre avance jusqu'à l'arrivée des nouvelles armées allemandes qui, depuis le 26 septembre, bombardent Anvers, et dont il escompte la libération par une reddition très prochaine de cette place.

Samedi 3, le 62ème, renforcé par un bat. du 118ème, reçoit l'ordre d'attaquer Thiepval par l'est en progressant par le ravin d'Ovillers - cote 92. Le 3ème bat. réussit à s'avancer de 300 m.; pendant que le 1er progresse à l'est de la coté 141. Pendant ce temps, le 2ème bat. attaque la cote 141 et progresse légèrement.

Maud'huy, fortement pressé, a été obligé de céder du terrain. Le 10ème Corps a échoué devant les tranchées de Neuville-Vitasse; et, malgré sa vigoureuse résistance, le Corps de cavalerie du général de Mitry, attaqué dans Lens par une forte infanterie, n'a pu réussir à sauver la ville. En présence de cette situation, Castelnau envisage la possibilité de reporter ses troupes en arrière. Mais Joffre lui télégraphie aussitôt qu'il faut à tout prix se garder d'un recul, car celui-ci " donnerait l'impression d'une défaite et enlèverait toute faculté de manœuvres ultérieures. "

Nuit du 3 au dimanche 4, le 1er bat. réussit à avancer de 500 m., mais à la pointe du jour, il se trouve très en flèche et est soumis à des feux de flanc d'infanterie et d'artillerie qui l'obligent à se replier légèrement.

Dimanche 4, le régiment maintient ses positions toute la journée, malgré la violence du feu de l'artillerie ennemie. Vers 16h., le 2ème bat. va à Beaucourt pour relever les 83ème et 84ème R.T., que les allemands avaient fortement attaqués et rejetés sur cette localité.

Attaqué, vers 23h., par des forces supérieures, le 2ème bat. est obligé de se replier.

Anvers semble à bout de résistance. On avait songé à lui envoyer des renforts composés des deux divisions anglaises du général Rawlinson et six mille fusiliers marins français. Mais ces renforts ne pourront arriver à temps; ils ne serviront qu'à couvrir la retraite des défenseurs de la Place, quand, le 8 septembre, Anvers succombera. A ce moment, les troupes allemandes, enfin libérées, se ruent entre la Lys et la mer, en direction de Dunkerque et de Calais.

Lundi 5, le combat continue pendant toute la matinée, l'ennemi progresse malgré ses pertes. Il enlève Beaumont - Hamel et la cote 151.

L'artillerie ennemie bombarde à nouveau très violemment pendant toute la journée. Le 2ème bat. se replie, vers 16h., sur la crête Hamel - Auchon-villers où il est violemment bombardé par l'artillerie lourde. C'est au cours de ce bombardement que le colonel Costebonnel, commandant la 43ème brigade, est mortellement blessé. Sur la cote 141, pendant le cours de la nuit, l'infanterie adverse prononce 2 attaques, qui échouent.

A 21h., les Allemands attaquent en force sur toute la ligne. Le 19ème à notre gauche est obligé de céder sous le nombre.

Le 1er bat. du 62ème, qui tenait toujours la cote 141, pris de flanc et de front, est obligé de reculer, entraînant le 3ème bat. qui perd le bois d'Authuile. Mais cette perte n'est que momentanée; les 2 bat. Pronon-cent un vigoureux retour qui leur permet de réoccuper le bois d'Authuile.

Le colonel Costebonnel, cdt la 43ème brigade, mort au champ d'honneur est remplacé par le général de Mac-Mahon.

Foch rencontre à Aubigny le général de Maud'huy et lui demande de se maintenir à tout prix autour d'Arras en attaquant par sa gauche avec la cavalerie et le 21eme Corps nouvellement débarqué.

Mardi 6, le 1er bat. reprend les tranchées nord et nord-est du bois d'Authuile, ses 3ème et 4ème cies organisent la défense du village. Le 2ème bat. organise la position Mesnil - cote 142. Le 19ème, aidé par le 1er bat. du 62ème, essaie de reprendre la cote 141, il réussit à progresser jusqu'aux abords de la crête, mais ne peut l'enlever complètement.

Le 10eme Corps perdait Beaurains, et la division Barboi se repliait jusque dans les faubourgs d'Arras, qui allait subir les horreurs du bombardement.

Les troupes engagées entre l'Oise et les plateaux à l'est d'Arras, ne maintiennent qu'au prix des plus grandes difficultés. Dans la région de Roye, elles perdent Parvilliers, Villiers-lès-Roye, Andechy, le Quesnoy-en-Santerre, une partie de Beuvraigne et de Saint-Aurin. Plus au nord, elles étaient également forcées d'abandonner Gommécourt.

Mercredi 7, mort de Laurent STEPHANT, du corps des fusiliers marins, de Port-Lay, lors de la retraite des armées belges vers l'Yser (Belgique).

Jeudi 8, le 2ème bat. du 62ème reçoit à 8h, l'ordre d'attaquer Beaumont-Hamel, en liaison avec un bat. du 64ème et un du 337ème.

L'attaque se déclenche à 13h.; elle progresse jusqu'à proximité du villa-ge, mais ne peut continuer en raison du feu de l'artillerie ennemie que la nôtre ne peut maîtriser. Malgré les pertes très sensibles, le 2ème bat. conserve la position conquise pendant toute la journée. A la nuit, il reçoit l'ordre de se replier sur ses emplacements de la veille.

Pendant ces dures journées de combat, le 62ème a réussi à enlever à l'ennemi des points importants du terrain en lui faisant subir des pertes sérieuses. De nombreux soldats ont déployé dans ces attaques incessantes une énergie et un courage au-dessus de tout éloge; tel le sergent-major Zwilling, à qui le général commandant en chef confère la médaille militaire avec la citation suivante :

" Ayant combattu toute la journée du 29 sept. et sa section ayant épuisé ses munitions a enlevé celle-ci pour la jeter à la baïonnette sur l'ennemi. Blessé grièvement, a continué à commander sa section avec une énergie au-dessus de tout éloge. N'a consenti à se laisser soigner que sur l'ordre formel de son chef de corps dans l'espoir que les soins hâteraient son retour à la tête de sa troupe."

A gauche, l'Armée de Maud'huy, qui devient la 1ere Armée, réussit à maintenir ses positions au sud et à l'est d'Arras et à repousser, à force de vigilance et de ténacité, les violentes tentatives allemandes pour la couper de la mer. C'est en vain que Bulow a déchaîné l'attaque brusqué d'une masse de cavalerie, renforcée par des détachements d'infanterie transportés en automobiles. Cette cavalerie pousse jusqu'à Hazebrouck, Bailleul et Cassel. Mais l'ennemi échoue devant Arras dont il peut détruire les monuments, mais non forcer l'enceinte vaillamment défendue par le Corps mixte du général d'Urbal.

Vendredi 9, après la prise d'Anvers par les Allemands, l'armée belge se replie sur Ostende. Le gouvernement du roi Albert 1er se transporte au Havre.

Une nouvelle phase d'opérations commence, dans laquelle les Français, vont agir en liaison intime avec les Belges et les Anglais rassemblés face aux Flandres.

Le roi Albert garde le commandement de ses troupes, tout en se déclarant prêt à recevoir les instructions du généralissime français. Le maréchal French a accepté, en fait, la nécessaire subordination. Mais c'est avec lenteur que l'Armée britannique a quitté la région de l'Aisne pour arriver par voie ferrée en Flandre et en Belgique, de Béthune à Ypres. La mission de cette Armée, sera de prolonger d'une manière incessante, au fur et à mesure de ses débarquements, le front du dispositif général, afin de déborder l'ennemi et d'entrer ainsi en liaison avec l'Armée belge. Elle a trouvé l'appui de nos Corps de cavalerie parvenus au nord de la Lys. Le but de ses premières opérations va consister à aider les Belges à tenir sur l'Yser, et à empêcher toute offensive allemande sur Dunkerque et Calais, car la trouée s'ouvre toujours de Dunkerque à Lens. Il est aussi urgent que les divisions anglaises et indiennes de French apportent leur secours à de Maud'huy.

Samedi 10, le général Chaplain, cdt la 44ème brigade, est remplacé par le général de Villeon.

Dimanche 11, le cap. Bournat, conduit sa compagnie du 62ème dans une attaque de nuit, il a la cuisse droite brisée par un projectile et qui, maîtrisant ses douleurs, se relève sur son genou gauche et continue à diriger l'opération jusqu'au moment ou, vaincu par la souffrance, il tombe complètement épuisé.

C'est après ces combats des premiers jours d'octobre que la guerre de tranchée commence pour cette portion de front.

Attaques partielles et coups de main se succèdent dans ce secteur d'Avelly-Authuile, que le 62ème occupe pendant le dur hiver de 1914 à 1915 et jusqu'en juillet 15. Gradés et hommes du 62ème trouvent là des occasions de se distinguer.

Le caporal François Le Floch reçoit le 10 oct. la médaille militaire avec cette belle citation: " Depuis plus d'un mois, 3 ou 4 fois par jour, du haut d'un arbre observe les mouvements et les travaux de l'ennemi. A fourni, comme observateur, les renseignements les plus précieux sur les réglages et les effets du feu de nos batteries d'artillerie. Malgré la chute des feuilles, continue avec le plus grand sang-froid sa mission périlleuse. A été repéré par l'ennemi; méprisant les balles qui lui sont destinées, observe avec le même calme. A demandé à être attaché à l'arbre pour le cas où il serait blessé et exposé à tomber. Pour répondre à la mobilisation, a quitté le Canada, laissant femme et enfants. "

Mercredi 14, après la retraite à travers les Flandres, et forte d'à peine 49.000 fusils, l'Armée belge arrive à Nieuport, dans un effroyable état d'épuisement. " Nous sommes des morts vivants " répétaient de malheureux fantassins qui, depuis leur sortie d'Anvers, avaient passé par les épreuves et les privations les plus cruelles.

Maîtrisant son abattement, cette petite Armée s'établit au nord et à l'extrême-gauche de la ligne alliée, le long de l'Yser, avec une tête de pont à DIXMUDE et une à NIEUPORT. L'armée s'étirait jusqu'à Boesinghe où elle se rattachait aux Français (sur l'Yperlée). Dans la région d'YPRES, se trouvaient les Anglais qui, en fait, occupaient un large saillant devant la ville d'Ypres, jusque Langemarck, Zonnebeke, Gheluveit.

Si elle devenait maîtresse de la côte, l'armée du Kaiser pourrait aisément frayer un chemin vers Paris par la Normandie et l'Île de' France. Les Allemands ne doutent pas du succès. Guillaume II, rentré à Luxembourg le soir de la Marne fait annoncer son retour au milieu de ses troupes pour présider à leur triomphe.

Ainsi, l'Armée d'Urbal reçoit de très gros renforts. Augmentée peu à peu de 4 nouveaux Corps d'Armée, elle va constituer l'Armée Belgique. Une solide barrière vient s'établir à l'aide de 5 Armées. Trois françaises, une anglaise et une belge. Foch s'est juré de ne pas céder, inaugurant ainsi cette guerre de forteresse dont l'ennemi a déjà donné l'exemple sur d'autres à points, et qui va bientôt s'imposer comme une règle commune et inévitable aux deux adversaires.

Les Anglais, une fois leur concentration achevée, se formèrent au centre et à droite, dans la région de la Lys, et occupèrent Ypres. Les Français, eux, furent répartis un peu partout, formant les gros bataillons de résistance, étayant de tous côtés leurs alliés, prêts à se porter, à chaque instant, au secours de l'un ou de l'autre.

De leur côté, les Allemands ont massé, entre la Lys et la mer, 15 Corps d'Armée, qui vont bientôt se grossir de 4 autres, et 4 Corps de cavalerie. Leur plan tient en deux opérations : d'abord, tourner notre gauche en longeant la mer, ce qui provoquera la bataille de l'Yser; ensuite, percer notre front en quelque endroit de la grande plaine flamande, pour essayer, aussitôt après, de déborder notre droite, ce qui déchaînera la bataille d'Ypres. Et il s'agit de pousser l'exécution de ce plan avec vigueur et promptitude, car le Kaiser a signifié à ses soldats qu'il voulait être à Ypres le 1er novembre, pour y proclamer l'annexion de la Belgique.

Jeudi 15, mort du sous-lieutenant Gaston LE MOUROUX (sous-officier au 62° R.I.) de Port-Tudy, tombé à Authuille,

Ypres se trouve couvert par les 87ème et 89ème divisions territoriales, envoyées de Dunkerque. En les y rejoignant, de Mitry va établir enfin la soudure. Mais celle-ci apparaît si frêle, si précaire, que la situation devient chaque jour plus critique. C'est tout juste si la magnifique résistance devant Arras du 33ème Corps, de la division Barbot, empêche la rupture de la ligne française.

Après une marche épuisante les fusiliers de l'amiral Ronac'h découvrent Dixmude. " Les marins n'ont guère le temps de contempler le gracieux spectacle qu'offre ce bourg charmant avec ses superbes moulins à vent, explique A. R. Nêple, un vétéran, dans son journal de route de la brigade Ronarc'h. Dès le lendemain, la ligne de défense est organisée d'une façon à peu près continue et il était temps car à 16 h, la première attaque allemande se déclenche par artillerie et infanterie. "

Vendredi 16 (au 1er nov) début des combats de l'Yser (Dixmude, Nieuport,…)

A cette date, le front franco-belge entre Dixmude et la mer est jalonné par les villages de Beerst, Keyem, Leke, Saint-Pierre-Capelle et Slype. Il suit à peu près la ligne du chemin de fer routier d'Ypres à Ostende.

L'ennemi lance une première attaque, appuyée seulement par des batteries de 150, car il n'a pas eu le temps d'amener les grosses pièces qui ont détruit les forts d'Anvers

Samedi 17, l'arrivée de renforts d'artillerie permet aux alliés d'enrayer cette offensive.

Les Belges ont dû replier le gros de leurs troupes derrière la ligne du chemin de fer de Nieuport à Dixmude, en ne conservant, en première ligne, que l'artillerie et une brigade d'élite commandée parle colonel Meiser.

Celle-ci occupe Dixmude, où elle trouve la brigade des fusiliers marins de l'amiral Ronarc'h à qui Foch a dit : " Il faut tenir à tout prix, mais dans quatre jours vous serez relevés ". Et malgré les assauts les plus acharnés, le feu le plus infernal, Ronarc'h et ses gars héroïques tiendront pendant 25 jours.

Dès que l'Armée du duc de Wurtemberg a atteint l'Yser, en traînant avec elle une formidable artillerie, Dixmude devient son principal objectif. Les maisons commencent à s'écrouler dans les flammes. La ville est évacuée par ses habitants.

Nos fusiliers marins, une poignée de gardes civiques et les fantassins du colonel Meiser vont rivaliser de vaillance et de ténacité pour empêcher l'envahisseur de rompre la ligne.

A 300 mètres des Allemands, les marins s'installent dans des tranchées profondes de 1 m 70, et soigneusement recouvertes avec des mottes de terre glaise. En ce terrible " mouillage " où l'amiral les a " amarrés ", ils vont continuer d'observer stoïquement la rigide discipline du bord . Si leur âme est prête au sacrifice, rien n'échappe à leur oeil habitué à sonder les vastes horizon et ils commencent par faire abattre, à l'aide de petits canons belges, les moulins voisins dont chaque mouvement d'ailes apporte un signal à l'ennemi. Dans les premiers jours, une visite vient encore exciter leur courage : celle d'un officier, tunique noire sans galons, très grand et très pâle : le roi Albert Ier . Par la pression émue des rudes mains bretonnes qu'il serre, il comprend de suite que ce suprême coin de son royaume sera défendu avec une magnifique opiniâtreté.

Lundi 19, les Allemands reprennent l'offensive et enlèvent, ce jour-là, aux Belges les villages de Leke, Keyeni et Beerst. Arrive alors un ordre de repli le long de la rive de l'Yser, car l'État-Major belge estime la ligne du chemin de fer routier d'Ostende à Ypres trop longue pour être efficacement défendue, et n'occupe plus sur la rive droite de l'Yser, entre Dixmude et la mer, que les têtes de pont aux extrémités du front (Lombartsijde et Dixmude).

Les allemands vont surtout frapper à coups redoublés autour de Dixmude, qui se trouve désormais en flèche et constitue un dangereux saillant. Tête de pont sur la rive droite de l'Yser, la ville commande la route de Dunkerque, comme Ypres commande la route de Calais .

Mort de Louis BLOREC, du corps des fusiliers marins, de Locmaria, lors de cette bataille en Belgique

Mercredi 21, un bombardement en règle fait rage sur Dixmude. Marmites et shrapnells transforment le ciel en une voûte de fer et de feu . L'église et le beffroi s'embrasent, tandis que multiplient dans les tranchées et dans la ville l'hécatombes de Belges et de Français.

Puis des trombes d'infanterie allemande s'élancent à l'assaut, dans un coude à coude qui se resserre sar cesse, malgré les sanglantes trouées que creusent en elles les fusils et les mitrailleuses des marins bretons . Cet effort se brise contre la ligne infranchissable de nos tranchées; et c'est en vain que l'ennemi renouvelle ses tentatives. C'est en vain qu'il reprend le bombardement sauvage.

Une feinte à l'est ne réussi pas mieux. Prévenu à temps Ronarc'h envoie des réserve: qui, malgré leur faiblesse numérique, font rebrousser chemin à cette pointe d'attaque, imprudemment aventurée.

Lors de cette journée, mort d'Eugène METAYER, de Locmaria, du 1er régiment du corps des fusiliers marins, (Il meurt à Dunkerque, suites des blessures contractées à Dixmude, cf pierre tombale n° 962 du cimetière de Dunkerque). La plaque située dans l'église de Groix indique sa mort le 26 (probablement date à laquelle on a appris son décès à Groix)

Tandis qu'à Dixmude deux seules brigades tenaient tête à la ruée tudesque, plus au nord la boucle de l'Yser courait les plus graves périls. Les réserves belges chargées du secteur situé entre Dixmude et Nieuport commençaient à s'épuiser.

Au soir, dans Furnes, où le roi Albert a établi son Quartier Général, retentit une fanfare française : la Sidi-Brahim. C'est le 16eme bataillon de chasseurs qui accourt, en avant-garde de notre 42eme division. Celle-ci est commandée par un chef vite devenue populaire, Grossetti ventru, jovial et intrépide, qui se bat à la manière d'Henri IV, en faisant des mots et en cognant comme un sourd . Sans perdre une heure, il réoccupe Lombaertzyde et pousse vers Ostende, pendant que Mitry, à droite, entraîne ses cavaliers vers la forêt d'Houthulst et enlève Bixschoote.

Jeudi 22, les Allemands n'en foncent que plus rudement sur le centre de la ligne tenue parles Belges, ils réussissent à traverser l'Yser, ils s'emparent de Tervaete, petit village situé en aval de Dixmude, et le conservent malgré une violente contre-attaque déclenchée, dès le lendemain, par nos Alliés.

Les fusiliers marins de Ronarc'h n'ont pu secourir les Belges, car, installées à Vladsloo, Eessen et Clercken, de nombreuses pièces lourdes les couvrent de feux dans Dixmude.

Samedi 24, la ville peut être prise à revers, maintenant que l'ennemi a forcé l'entrée de la vallée de l'Yser. Pour prévenir une attaque de flanc, Ronarc'h envoie le commandant Rabot à Oudstuyvekenskerke pour établir une ligne de défense face au nord. Mais l'envahisseur est déjà parvenu à déloger les divisions belges de la vallée de l'Yser.

Il lance deux assauts entre Pervyse et Ramscapelle, afin de les chasser de leur seconde ligne de défense, constituée par la voie ferrée de Nieuport à Dixmude. Avec l'aide de la division Grossetti, nos alliés maintiennent leurs positions. Néanmoins, la situation devient de plus en plus critique. Sous la pression des incessants renforts que reçoit l'ennemi, nos lignes, fortement ébranlées, faiblissent, vacillent, menacent de se rompre .

Toujours maître de Tervaete et de la vallée de l'Yser, le Commandement. allemand pousse de nouvelles masses vers Dixmude, où il espère emporter la décision de la bataille. Après avoir franchi la rivière, les divisions bavaroises et wurtembergeoises parviennent aux abords de la ligne du chemin de fer Nieuport-Dixmude, et, menaçant ainsi notre deuxième position de défense, enlèvent Pervyse et Ramscapelle.

Mais peut-on laisser aux mains de l'ennemi ces positions sans lesquelles il n'est plus de salut à espérer? Grosseti a reçu l'ordre de d'Urbal: " La ligne de l'Yser doit être maintenue ou rétablie à tout prix. " Arrêtant sa marche vers Ostende, il va lancer la brigade Bazelaire sur Pervyse.

Bien retranchés et disposant d'une redoutable artillerie, les Allemands font pleuvoir une grêle de shrapnells sur nos soldats, dont la marche est d'abord hésitante. " Ouvrez vos parapluies ! " clame Grossetti. Rassérénés par ce mot, nos soldats enlèvent leurs sacs et s'en couvrent la tête. L'audace goguenarde de leur chef a trouvé mieux pour stimuler leur élan. Plein de mépris pour les volées de mitraille qui balaient la route, Grossetti s'y installe, fait apporter deux chaises; et, pendant une demi-heure, il dicte là ses ordres et reçoit les officiers envoyés aux renseignements.

Un major anglais, en particulier, est saisi d'admiration devant cette impassibilité héroïque qui passe de loin le flegme britannique. La ville est reprise. De son côté, le commandant Rabot, avec les fusiliers marins, a réussi à réoccuper Ramscapelle.

Dimanche 25 (au 13 nov.), bataille d'Ypres :Bixchoote, Zandvoorde, …

A Dixmude, Ronarc'h continuait de tenir. Malgré nos contre-offensives qui les repoussent sans cesse, les Allemands font preuve d'une audace extraordinaire. Dans la nuit, un de leurs détachements réussit à se faufiler, sans être vu, entre deux tranchées et à pénétrer dans la ville par la voie du chemin de fer. L'adversaire enlève le médecin principal Duguet, un aumônier, l'abbé Le Helloco, le capitaine de fréguate Jeanniot, et lâchement il fusille ces prisonnier . Mais les nôtres accourent, cernent les allemands et les abattent sans pitié.

Le moral des fusiliers ne se laisse pas entamer par la chute des 280 et des 320, qui bouleversent leurs frêles tranchées. Pas une minute de répit pour ces infatigables que les Allemands ont vite appris à redouter et qu'ils ont surnommés, pour leur grâce juvénile, " les demoiselles au pompon rouge ". Ils ne quittent l'intenable tranchée que pour pousser dans la direction de l'ennemi des pointes hardies et toujours effroyablement meurtrières.

Leur effectif fond avec une incroyable rapidité.

Lundi 26, les fusiliers voient leurs rangs clairsemés se grossir de nouveaux compagnons d'armes qu'on a un peu trop oubliés dans les hommages rendus aux défenseurs de Dixmude. Ce sont les tirailleurs sénégalais du 4ème bataillon du Maroc (commandant Frèrejean) et du 1er bataillon d'Algérie (commandant Brochot). Ces braves, qui viennent de livrer de terribles combats autour d'Arras, prennent tout de suite, avec leur fatalisme résigné, leur part des périls et des sacrifices.

Sans être relevés ni renforcés, ils vont soutenir jusqu'au bout les chocs furieux et le bombardement ininterrompu qui aura vite fait de les décimer.

La brigade belge Meiser ne se montre pas en reste d'héroïsme. Partout où l'appelle sa place de combat, elle résiste à la poussée progressive de l'ennemi avec une vaillance et une abnégation admirable. Le 12e de ligne belge doit soutenir un violent combat près du canal d'Handzaëme, dans des prairies qui, en raison d'un lointain souvenir de bataille, portent un nom prédestiné : le Puits de sang. En vain, la vague allemande déferle, grand fracas de cris et de chants, jusqu'au bol des tranchées.

Les Belges, par leur fusillade bien ajustée et bien nourrie, par leurs mitrailleuses et par ces petits canons qu'ils ont baptisés Klakke-bussen, ouvrent dans les rangs des assaillants, ivres d'alcool et de rage, de si larges trouées que ceux-ci se terrent avec effroi, puis sont contraints de se replier. Jusqu'à la fin d'octobre, les combats vont se succéder quotidiennement avec le même acharnement, non seulement autour de Dixmude, mais jusqu'aux dunes de la mer du Nord .

Sur cette mer elle-même le canon tonne, car l'amiral anglais Hood, avec des monitors et des croiseurs, bombarde les forces allemandes qui s'aventurent trop près du littoral.

Sur l'Yser, la mêlée, se fait plus dense et plus forcenée. Les artilleries adverses sont souvent obligées de se taire, par, que les lignes de l'ennemi se confondent avec les nôtres. De furieux corps à corps se multiplie où l'on joue de la baïonnette, du revolver et la crosse de fusil.

Pour franchir les canaux, les fantassins Allemands ont été munis de planches et ils s'élancent à l'attaque en s'en couvrant comme de bouclier En arrivant à la rive, ils les jettent en travers des deux berges, puis courent à nos retranchements, mais ils n'y parviennent qu'en assez petit nombre; et, fauchés par les mitrailleuses, rejetés à la baïonnette, nombreux sont ceux qu'on ver tout à l'heure flotter inanimés sur les eaux du canal .

Les cadavres allemands s'accumulent par monceaux sur les rives de l'Yser et rougissent son cours indolent. Plus d'une fois, ils forment en travers des canaux des barrages si hauts et si compacts que l'eau, en refluant, déborde sur les rives. Ces hécatombes, dans la boue détrempée des plaines et la souillure des marécages, laisseront à cette bataille le plus sinistre renom.

Mais l'effort germanique désespéré et sans cesse appuyé de forces nouvelles n'allait-il pas finir par triompher ? Épuisés, dénués de réserves, les Belges pourraient-ils tenir encore longtemps ? Grossetti et sa 42eme division allaient-ils suffire au rétablissement de la situation

 

Mardi 27, les Belges n'avaient plus pour toute ligne de protection que la chaussée du chemin de fer de Nieuport à Dixmude. Foch pourra dire plus tard: "Ce talus de 1 m 20 nous a tous sauvés."

Notre Haut Commandement, jugeant l'heure particulièrement critique, appela à son aide un allié suprême : l'inondation. Charles-Louis Kogge, "garde-wateringue du nord de Furnes", chargé du contrôle des grandes écluses de Nieuport qui distribuent les eaux dans les canaux de toute la région, il savait à quelles conditions il était possible de submerger la plaine. Foch commença par hésiter. Le talus de 1 m. 2o qui abritait les restes de l'Armée belge résisterait-il à la poussée de l'eau ? L'inquiétude qu'il éprouvait d'une situation de plus en plus grave le décida promptement, et le plan soumis par le garde-wateringue fut adopté. Bientôt l'eau commença à se répandre dans la plaine, non à la façon d'un mascaret, mais lentement, insensiblement les Allemands s'étaient étonnés de voir le feu de nos batteries lourdes concentré sur les digues du canal de l'Yser.

Bientôt ils surgissaient, effarés, de leurs tranchées inondées, comprenant que les écluses étaient ouvertes. Ils ne perdirent cependant pas courage et nous attaquèrent avec une hâte impétueuse, dans l'espoir d'arriver au talus et de l'enlever avant que le flot, toujours montant, leur en barrât le chemin.

Jeudi 29, entrée en guerre de la Turquie

Un nouvel assaut des allemands sur Dixmude est repoussé

Vendredi 30, ouverture des hostilités aux Dardanelles

L'action reprend sur tout le front, de la mer à La Bassée. Les Belges qui défendaient Ramscapelle furent assaillis par des hordes hurlantes et frénétiques, serrant leurs rangs dans l'eau qui leur montait à mi-corps, souillées de fange, sordides et hideuses. Forçant à un recul précipité les Belges exténués et par trop réduits en nombre, ces hordes atteignirent la chaussée du chemin de fer.

Le front était percé; l'inondation semblait déjouée.

A la fin d'octobre, la sécurité de l'Armée française dans le Nord ne parait plus douteuse, mais Foch n'est véritablement rassuré qu'à l'arrivée de la 42eme division, puis du 9eme Corps d'Armée. Ces forces montent au nord de la Lys, dernière étape de la course à la mer, et viennent étayer nos alliés belges et anglais. Désormais, il n'y a plus de solution à attendre entre Somme et Scarpe. C'est sur le saillant d'Ypres que les Allemands ont décidé d'asséner leur suprême coup de bélier.

Avant que les événements prissent une telle face, les Anglais s'étaient efforcés de secourir Lille et de menacer les communications de l'ennemi. Dans ce but, ils avaient décidé de s'emparer de La Bassée, nœud très important de voies ferrées et de routes, unissant la région lilloise à l'intérieur de l'Artois.

Malheureusement, la chute de Lille et la violence des réactions allemandes arrêtèrent l'offensive du général Smith Dorien. Malgré l'important renfort des divisions indiennes de Lahore et de Meerut, celui-ci dut se contenter de défendre les approches de Béthune par un solide système de tranchées.

Reprise de Quesnoy en santerre par les français

 

Novembre

Dimanche 1er, les Allemands commencent la retraite ! L'inondation, heureusement, allait se charger de réparer cet échec. A notre gauche, l'ennemi était déjà contraint d'abandonner la rive gauche de l'Yser, en aval de Dixmude. L'ennemi en retraite abandonnait des prisonniers, des blessés et des batteries enlisées. La grande nappe liquide s'étalait sur une longueur de trente kilomètres et une largeur de cinq, entre Dixmude et Nieuport. Pendant ce temps, Dixmude achevait de mourir. Ses carrefours étaient transformés en charniers. Pendant huit jours, le bombardement redoubla, s'acharnant particulièrement sur le cimetière.

Mardi 3, bombardement de Seddul-Bahr

Les mêmes assauts furieux continuaient à se succéder contre nos tranchées de Dixmude, presque toujours reprises aussitôt que perdues. Mais les Allemands, recevant des renforts, se décident à sacrifier dix mille hommes pour prendre Dixmude et passer l'Yser. Sous cette formidable poussée, nos premières lignes finissent par craquer du côté de la route d'Eessen. Nos sections décimées se replient en bon ordre vers la ville et s'y barricadent.

Vendredi 6, l'offensive allemande sur Ypres est enrayée.

Lundi 9, et mardi 10, le sort de Dixmude est déjà décidé. L'ennemi surgit maintenant de tous les côtés, à droite, à gauche, devant, derrière, traquant dans leurs réduits suprêmes marins, Sénégalais et Belges. Une effroyable mêlée, un enchevêtrement inextricable d'hommes qui luttent en désespérés, ensanglante les derniers quartiers restés entre nos mains.

On se bat à la baïonnette, à coups de crosses, à coups de pierres, à coups de poing. Les allemands gagnent un peu de terrain mais sont finalement massacrés jusqu'au dernier par un contre attaque des bretons . Les Allemands ont réussi à faire des prisonniers, qu'ils réunissent au bord de l'Yser. Parmi eux se trouve le lieutenant de vaisseau Sérieyx, grièvement blessé à l'épaule.

Lâchement, les Allemands poussent ces prisonniers vers l'arrière, en direction de nos tranchées, et s'abritent derrière leurs corps. Ils ordonnent au lieutenant de vaisseau de sommer les défenseurs de se rendre. " Y pensez vous ? répond froidement Sérieyx. Ils sont dix mille: vous n'êtes qu'une poignée. Comment voulez-vous qu'ils se rendent ? " Mensonge héroïque, car il peut attirer en quelques secondes la mort sur son auteur. Mais, brusquement, la fusillade éclate sur la droite de l'ennemi. Sérieyx fait signe à ses hommes; et, leur donnant l'exemple, il se jette dans l'Yser, nage vigoureusement de son bras valide et réussit avec quelques marins à gagner l'autre rive.

C'est l'heure suprême où, après 25 jours d'endurance surhumaine, la défense en est réduite à ses derniers soubresauts, et où il va falloir abandonner ce monceau de ruines et de cendres qu'est devenu la calme et silencieuse petite ville flamande.

Tandis que sonne le clairon de la retraite, les plus entêtés à combattre brûlent leurs dernières cartouches derrière les débris fumants des barricades, puis refluent sur l'Yser dont l'amiral s'apprête à faire sauter les ponts. L'ennemi n'a pu passer la rivière et il ne passera pas. Les deux tiers des pompons rouge sont tombés pour lui barrer la route.

Par suite de l'inondation, Dixmude martyre ne pouvait plus remplir son rôle de tête de pont. Derrière elle s'étendait une nappe d'eau d'une lieue de large, infranchissable à l'Armée la mieux outillée. Dunkerque n'avait plus rien à redouter.

Au cours de ces combats, morts

d'Yves SALAHUN, de Locmaria, du 2ème régiment du corps des fusiliers marins. Il est enterré dans l'ossuaire de Veurne en Belgique (Sur sa tombe est portée la date du 9/11/1914)

et de Théodore METAYER, de Locmaria, du 2ème régiment du corps des fusiliers marins. Il est enterré dans l'ossuaire de Veurne en Belgique (Sur sa tombe est portée la date du 9/11/1914)

Journal de l'amiral Ronarc'h: Les obus pleuvent. " Le feu prend en ville, des maisons brûlent et le 21 octobre, à 8 h, l'église Saint-Nicolas s'embrase. Vers 11 h, c'est le tour du beffroi et à midi la chute du gros bourdon. "

L'ennemi très supérieur en nombre se rapproche des tranchées. " L'assaut est repoussé mais les pertes sont très fortes des deux côtés. Les Allemands ont laissé de nombreux morts en avant de nos lignes, en certains endroits à quelques mètres de nos tranchées ". La brigade n'a plus de réserves "certaines compagnies n'ont plus ni officiers, ni premiers maîtres. " Les combats se poursuivent maison par maison. " La bagarre est invraisemblable car les balles viennent de tous côtés et partout il y a des morts et des blessés qu'il est impossible de secourir. " A 17 h, le contre-amiral Ronarc'h se résigne au repli, " car sa mission était de tenir l'Yser et non la ville.".

La nuit, 450 survivants s'échappent en rampant dans les trous d'obus. Ils atteignent l'Yser qu'ils réussissent à traverser sur un pont flottant. Les fusiliers " sont dans un état d'épuisement et de délabrement impossible à décrire ". Fin 1915, la brigade est dissoute. Les rescapés retrouvent Lorient. Un journaliste salue " les joyeux et avisés mathurins de retour de leur épique randonnée de plus de 15 mois "

Les pertes sont effroyables surtout dans les premières semaines du conflit. En octobre, novembre 1914 pendant la bataille de Dixmude, 23 officiers, 37 officiers mariniers et 450 quartiers maîtres et matelots ont été tués, parmi eux 7 groisillons. Les blessés étaient au nombre de 52 chez les officiers, 108 chez les officiers mariniers et 1 774 parmi les quartiers maîtres et matelots. 698 ont été faits prisonniers ou portés disparus. En novembre 1915, au moment de la dissolution de l'unité, il ne restait plus aucun marin appartenant au contingent de 1914.

Le sacrifice de la brigade Ronarc'h eut un grand retentissement en France. On s'aperçut bien vite que cette unité héroïque n'avait même pas de drapeau ! Les villes de Toulon et de Lorient s'étaient portées candidates pour offrir l'emblème. Le ministre de la Marine trancha en faveur de Lorient. Le drapeau fut remis à la brigade, le 11 janvier 1915, près de Dunkerque par le président Poincaré en personne. Il brûla accidentellement, le 13 septembre 1917, dans un cantonnement.

Dans le Dixmude d'aujourd'hui (Diksmuide, en flamand) s'élève un monument à la mémoire des fusiliers du contre-amiral Ronarc'h. Le texte y est gravé en français. Un peu plus loin, sur une rive de l'Yser, une tranchée a été conservée et restaurée pour le devoir de mémoire. Dans le musée qui lui est associé : des photos, des récits, des lettres de soldats qui ont laissé leur vie dans ce " Boyau de la mort ".

Début de la guerre de positions sur l'ensemble du front,.

Après la bataille de l'Yser, qui terminait la première phase de la campagne (la guerre de mouvement) et marquait l'arrêt et l'offensive allemande, il y eut sur l'ensemble du front, qui est désormais continu, de la mer du Nord à la frontière suisse, une stabilisation; celle-ci dura 4 années.

Entre le canal de LOO qui, en fait, n'eut jamais à servir et le remblai du chemin de fer, les Belges construisirent un vaste réseau de tranchées constituant un front qui, couvert par l'inondation, résista durant quatre années.

Si Dunkerque a la mission de ravitailler les troupes au combat, lui revient aussi la lourde charge d'accueillir et de soigner les nombreux blessés qui en reviennent. Au début du conflit, la capacité d'accueil s'éléve à environ 2300 lits. Les conditions paraissent satisfaisantes bien qu'il ait fallu réquisitionner en plus de hépitaux militaires et civils, l'hospice de vieillards, les colléges Fénelon et Lamartine, l'institut Dunkerquois, les écoles Trystram et Sévigné, les locaux des Petites Soeurs des Pauvres et surtout le sanatorium de Zuydcoote qui offre à lui seul plus de 600 lits. Le docteur Beigneux, qui assure la direction de la santé publique est rapidement submergé par le nombre de blessés à accueillir. Plus de 120 000 arrivent à Dunkerque pendant la bataille de l'Yser durant l'automne 1914. Au plus fort des combats, la ville offre plus de 7 000 lits que l'on a installés dans des endroits de fortune comme le collége Jean-Bart ou celui des Dunes et méme dans les casinos de Malo et Malo-terminus oé sont regroupés les convalescents. Les médecins, trop peu nombreux ne dorment que 3 à 4 heures par nuit. L'apparition de maladies contagieuses vient encore compliquer la tâche du médecin-chef Beigneux. A partir de la fin du mois d'octobre, la fiévre typhoïde fait des ravages. 20, 30 et jusque 100 malades contagieux arrivent chaque jour dans les hépitaux de la ville. Au total c'est plus de 10 000 cas de typhus qu'il faut prendre en charge, auxquels s'ajoutent les épidémies de rougeole et de scarlatine. Le docteur Beigneux décide d'ouvrir un service spécial à Zuydcoote . Celui-ci s'avére rapidement trop petit, il faut y ajouter des baraques supplémentaires . On se décide méme é accueillir les soldats contagieux à l'hépital et à l'hospice de Rosendaél, puis chez les Petites Séurs des Pauvres et enfin dans les colléges réquisitionnés. Les autorités médicales craignent que l'épidémie ne gagne la population civile. La situation s'améliore heureusement durant l'hiver 1915, avant que l'été n'apporte une épidémie de dysenterie. Dunkerque reçoit aussi de nombreux gazés lors de la bataille d'Ypres.  

Le 62ème est sur le front dans la Somme (secteur d'Avelly-Authuile)

 

Décembre

Mardi 1er (au 24), combats en Artois (Vermelles, La Boisselle, Andéchy,...)

Vendredi 4, prise de la "maison du passeur" (Yser)

Jeudi 10, mort de Charles ROMIEUX de Port-Tudy à Lorient, (des suites de ses blessures contractées à ?)

Jeudi 17 (au 24), la 22° D.I. participe aux attaques de la Boisselle et d'Orvillers

Combats en Champagne (Mesnils les Hurlus, Massiges, Perthes les Hurlus,…)

Samedi 26, lendemain de Noël, mort de Joseph DAVIGO de Kermarec tombé en Argonne.

 

Le 62ème est sur le front dans la Somme (secteur d'Avelly-Authuile)

 

(à suivre...)

 

 

suite - année 1915  

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 dernière mise à jour

9 septembre 2002

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Quelques liens vers des sites complémentaires

www.alaintavernese.com

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www.1914-18.org/aide/geo

www.chez.com/argonne19141918/

http://pcoutant.free.fr

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http://etienne.jacqueau.free.fr/Temoignage.htm

Liens vers des sites concernant guerre 1914/1918

http://perso.wanadoo.fr/arethuse/Guerre 1914-1918.htm

http://perso.wanadoo.fr/champagne1418/index/hindex.htm