La
course à la mer et la bataille des Flandres,
Après
leurs défaite de la Marne, les allemands se replient
dans le nord. Ils se sont fixés comme objectifs de relancer
une offensive pour en finir avec le front ouest, le front français
.
Leurs
objectifs : déborder et repousser l'aile gauche française,
s'emparer des dernières villes de Belgique et du nord
de la France, marcher sur Calais et Dunkerque, établir
ensuite une tête de pont vers la Normandie et foncer droit
sur Paris ! Ces
objectifs allemands ne furent pas atteints, les français
et les alliés les repoussèrent . La percée
ne fut pas réalisée . On peut donc parler de victoire
défensive .
Mardi
15,
arrivée de la 22° D.I. à St-Hilaire le-Grand
après être passée par Fère-Champenoise,
et Châlons /Marne. La 43ème brigade est portée
en soutien de la 44ème arrêtée par une forte
arrière-garde ennemie qui l'empêche de dépasser
la ferme des Wacques.
Le
62ème bivouaque à 2km5 au sud de cette ferme.
Le 1er bat. organise, pendant la nuit, les hauteurs au nord-est
de Jonchery.
Mercredi
16,
le 62ème conserve les mêmes positions. A 16h.,
il reçoit l'ordre d'appuyer, par 2 bat., le mouvement
d'une brigade de chasseurs à pied sur le moulin de Souain.
Mais la forte organisation des positions allemandes, appuyée
par de nombreuses batteries d'artillerie lourde, toujours active,
fait renoncer à cette offensive.
Le
62ème reprend ses emplacements et bivouaque au sud du
bois des Wacques.
Jeudi
17,
le 62ème reçoit l'ordre d'organiser, face au nord,
les hauteurs au nord-est de Jonchery. Le travail est interrompu
à deux reprises par une violente canonnade ennemie.
Vendredi
18,
début de la bataille de Picardie
A
2h., le 62ème est relevé par des unités
du 12ème C. A.
Le
11ème C.A. passe à la Vème armée
commandée par le général Franchey d'Esperet.
Le
62ème se porte sur Ludes (nord de la forêt de la
montagne de Reims) par Mourmelon-le-Grand, Villers Marméry
et Verzenay.
Samedi
19
(au 12 oct.), bataille de Lassigny - Roye (Chaulnes, Andéchies,
Le Quesnoy en santerre)
Le
62ème reçoit l'ordre d'organiser face au nord
la ligne: Montbre (1er bat.), Saint-Jean (2ème bat.),
Château-Romant (3ème bat.). Les travaux commencent
à 9 h.. A 15 h., le régiment quitte ses positions
pour se porter par Chigny et Rilly-la-Montagne sur Mont-Chenay,
où il arrive à 21h. et y cantonne.
Dimanche
20,
le 62ème quitte son cantonnement pour aller appuyer la
21ème division et la division marocaine qui doivent attaquer
dans la direction de Saint-Léonard et de Nogent-l'Abbesse.
Il
reste en position d'attente au sud-est de Montbre jusqu'à
14 h.; il reçoit ensuite l'ordre d'aller cantonner à
Montbre.
Lundi
21,
(jusqu'au 26), bataille de la Woevre (Chute de St Mihiel)
A
18h., le 62ème se porte par Champ-Fleury, Sacy, Bligny,
sur Chaumuzy où il arrive à 4h du matin.
Mardi
22,
à 12 h., le 62ème reprend la marche par Romigny
sur Moreuil-en-Dole, où il arrive à 23h. et cantonne.
Mercredi
23,
le 62ème se porte sur Chaudun et Pierrefond-sur Compiègne,
où il arrive le 25 sept. à 17 h..
De
l'Aisne à la Lys :
Le
jeudi
24 septembre,
la bataille recommence entre Lassigny et la Somme . Les allemands
paraissent avoir amené presque toutes les forces qu'ils
avaient laissés en Belgique. Joffre écrit à
Millerand que " le moment est venu pour l'armée belge
d'agir sur les communications de l'ennemi" .
vendredi
25,
le 62ème s'embarque à Compiègne jusqu'à
Longueau, d'où il se porte sur Lahoussoye (nord-est d'Amiens).
Il met en état de défense les hauteurs nord et
est entre Lahoussoye et Bonnay et cantonne sur place.
Afin
de continuer leur rôle de couverture vis-à-vis
de la 2ème armée, les divisions territoriales
de Brugère se portent en direction de Bapaume-Arras;
et mêlées assez confusément au corps de
cavalerie français du général Conneau,
elles doivent livrer, le 26, un rude combat .
La
82eme division territoriale s'était, en effet, dirigée
vers Longueval, où des coureurs ennemis lui avaient été
signalé. Au débouché de ce village, elle
fut accueillie par une pluie de balles bien dirigées,
les allemands s'étant retranchés dans la ferme
Waterlot. Le combat s'étendit vite et nos poilus eurent
à supporter un feu d'infanterie des plus violents sur
la lisière sud-est de Longueval, ainsi que les obus des
batteries allemandes installées derrière le bois
des Bouleaux. Mais
ces régiments français, incomplètement
équipés et armés, à peine entraînés,
composés presque exclusivement de père de famille,
firent preuve d'une bravoure superbe. Bien que défendue
par les grenadiers de la Garde Prussienne, les poilus l'enlevèrent
à la baïonnette .
Malgré
ses pertes, la division ne cède pas un pouce de terrain.
Au soir, les rues de Longueval regorgent de morts et de blessés.
Mais nos territoriaux organisent défensivement la lisière
du bois Delville et celle du village. Ils ne s'en laisseraient
pas déloger, si, dans la nuit, ils ne recevaient l'ordre
de se porter plus l'ouest, vers Bouzincourt. Leur mouvement
s'opère sans éveiller l'attention de l'ennemi.
Le
front va se maintenir au sud de la Somme; mais, au nord de cette
rivière, les divisions territoriales se replient sur
la rive ouest de l'Ancre où elles se retranchent.
Samedi
27
(?), mort du second groisillon, Laurent
DERRIEN,
du corps des fusiliers marins, de Ker Port-Lay, tombé
lors lors de la "course vers la mer"
Presque
en même temps, le 4eme Corps du général
Boëlle se heurte à des forces considérables
et il est ramené en arrière de Roye. Les Allemands
ont tiré un précieux avantage de la forme concentrique
de leur front qui facilite leurs transports.
Ainsi
se termine la première phase de la lutte dans la région
de Roye. Si nous sommes accrochés au terrain, toutes
les tentatives ennemies sont restées infructueuses, malgré
leur violence. Mais
il va nous falloir transporter de nouvelles forces sur la Somme,
et bientôt, au-delà. acheminées par voie
de terre et par camions automobiles sur la région de
Compiègne, les 10ème et 11eme Corps
s'embarquent ensuite en chemin de fer pour gagner la région
d'Amiens. Ces Corps seront bientôt suivis par la division
Barbot, la 70eme division de réserve et deux divisions
de cavalerie.
Lundi
28
(au 12 oct), siège et chute d'Anvers (le 9 oct.)
La
22ème D.I. se porte au nord de la 21ème D.I. engagée
vers Albert. A 11 h., le 62ème se dirige sur Mesnil en
soutien de la 44ème brigade qui marche sur Authuile et
Thiepval. Le 1er bat. reçoit l'ordre d'occuper Authuile
et de tenter, avec le 19ème, une attaque sur Thiepval.
Cette attaque, commencée à 22 h., ne réussit
pas.
Mardi
29,
l'offensive est reprise dans la matinée. Le 19ème,
soutenu par le 1er bat. du 62ème R.I.,attaque de Hamel
et Authuile sur Thiepval. Le 3ème bat. du 62ème
attaque le bois d'Authuile. Le 2ème bat. est en réserve
à Mesnil. Les positions ennemies sont tenues solidement
et l'attaque ne peut progresser que lentement. Dans la soirée,
le 1er bat. du 62ème, appuyé par des éléments
du 19ème , réussit à enlever et à
occuper la cote 141. De son côté, le 3ème
bat. du 62ème enlève le bois d'Authuile, mais
il perd son chef, le commandant de Vial, qui est très
grièvement blessé.
Mercredi
30
et jeudi 1er
oct.,
le régiment maintient ses positions.
Octobre
Jeudi
1er,
(au 26), bataille d'Arras (Lens, Beaurains,
)
Des
renforts vont affluer et se concentrer au nord de la Somme,
mais il importe que la 2ème armée (Castelnau)
continue, au sud, de tenir solidement. Il ne se maintient qu'avec
peine, car le renforcement constant de l'aile gauche exige de
continuels prélèvements d'effectifs sur les différentes
parties du front.
L'arrêt
de la droite allemande et son débordement devient de
plus en plus le but suprême auquel concourent tous les
mouvements. En Picardie, les positions sont conservées,
mais on ne peux arrêter les progrès de l'ennemi.
Castelneau est partout, mais il n'a pas assez de monde sous
la main pour forcer la droite de Bülow qui monte sans cesse
vers le nord, en direction du plateau de Thiepval.
Vendredi
2,
la 22° D.I. passe à la IIème armée
dans la Somme. Le général Pambet est remplacé
par le général Bouyssou.
Un
nouveau Corps de cavalerie commandé par le général
de Mitry, a mission de gagner le nord de la Scarpe. De rivière
en rivière, de kilomètre en kilomètre,
d'heures en heures, la course à la mer se faisait plus
disputée, plus âpre, plus avide de vitesse .
De
Picardie elle était passée en Artois et elle venait
d'atteindre la Flandre. C'était là l'inévitable
champ clos où elle ne trouverai, en guise de but, qu'un
formidable choc .
Les
forces du général de Maud'huy étaient réparties
au sud et au nord d'Arras, des environs d'Albert à l'est
de Lens et de Béthune. Leur situation s'aggrave.
Alors
que le 10eme Corps attaque, au sud d'Arras, avec énergie
e, deux divisions, qui viennent de débarquer, sont très
violemment prises à partie par des colonnes allemandes
débouchant de la région de Douai. Par bonheur,
ces divisions ont à leur tète le général
Barbot et le général Fayolle. Dès le début
de l'action, l'ennemi fonce si rudement que la division Barbot
perd Monchy-le-Preux, mais se maintient sur le plateau à
l'est d'Arras. La division Fayolle résiste avec peine
au sud-est de Lens. Le prince Ruprecht de Bavière, qui
vient d'arriver de Lorraine, cherche par une marche rapide sur
Arras et Amiens, à envelopper notre aile gauche. Mais
ce qu'il veut surtout, c'est nous retenir et empêcher
notre avance jusqu'à l'arrivée des nouvelles armées
allemandes qui, depuis le 26 septembre, bombardent Anvers, et
dont il escompte la libération par une reddition très
prochaine de cette place.
Samedi
3,
le 62ème, renforcé par un bat. du 118ème,
reçoit l'ordre d'attaquer Thiepval par l'est en progressant
par le ravin d'Ovillers - cote 92. Le 3ème bat. réussit
à s'avancer de 300 m.; pendant que le 1er progresse à
l'est de la coté 141. Pendant ce temps, le 2ème
bat. attaque la cote 141 et progresse légèrement.
Maud'huy,
fortement pressé, a été obligé de
céder du terrain. Le 10ème Corps a échoué
devant les tranchées de Neuville-Vitasse; et, malgré
sa vigoureuse résistance, le Corps de cavalerie du général
de Mitry, attaqué dans Lens par une forte infanterie,
n'a pu réussir à sauver la ville. En présence
de cette situation, Castelnau envisage la possibilité
de reporter ses troupes en arrière. Mais Joffre lui télégraphie
aussitôt qu'il faut à tout prix se garder d'un
recul, car celui-ci " donnerait l'impression d'une défaite
et enlèverait toute faculté de manuvres
ultérieures. "
Nuit
du 3
au dimanche 4,
le 1er bat. réussit à avancer de 500 m., mais
à la pointe du jour, il se trouve très en flèche
et est soumis à des feux de flanc d'infanterie et d'artillerie
qui l'obligent à se replier légèrement.
Dimanche
4,
le régiment maintient ses positions toute la journée,
malgré la violence du feu de l'artillerie ennemie. Vers
16h., le 2ème bat. va à Beaucourt pour relever
les 83ème et 84ème R.T., que les allemands avaient
fortement attaqués et rejetés sur cette localité.
Attaqué,
vers 23h., par des forces supérieures, le 2ème
bat. est obligé de se replier.
Anvers
semble à bout de résistance. On avait songé
à lui envoyer des renforts composés des deux divisions
anglaises du général Rawlinson et six mille fusiliers
marins français. Mais ces renforts ne pourront arriver
à temps; ils ne serviront qu'à couvrir la retraite
des défenseurs de la Place, quand, le 8 septembre, Anvers
succombera. A ce moment, les troupes allemandes, enfin libérées,
se ruent entre la Lys et la mer, en direction de Dunkerque et
de Calais.
Lundi
5, le
combat continue pendant toute la matinée, l'ennemi progresse
malgré ses pertes. Il enlève Beaumont - Hamel
et la cote 151.
L'artillerie
ennemie bombarde à nouveau très violemment pendant
toute la journée. Le 2ème bat. se replie, vers
16h., sur la crête Hamel - Auchon-villers où il
est violemment bombardé par l'artillerie lourde. C'est
au cours de ce bombardement que le colonel Costebonnel, commandant
la 43ème brigade, est mortellement blessé. Sur
la cote 141, pendant le cours de la nuit, l'infanterie adverse
prononce 2 attaques, qui échouent.
A
21h., les Allemands attaquent en force sur toute la ligne. Le
19ème à notre gauche est obligé de céder
sous le nombre.
Le
1er bat. du 62ème, qui tenait toujours la cote 141, pris
de flanc et de front, est obligé de reculer, entraînant
le 3ème bat. qui perd le bois d'Authuile. Mais cette
perte n'est que momentanée; les 2 bat. Pronon-cent un
vigoureux retour qui leur permet de réoccuper le bois
d'Authuile.
Le
colonel Costebonnel, cdt la 43ème brigade, mort au champ
d'honneur est remplacé par le général de
Mac-Mahon.
Foch
rencontre à Aubigny le général de Maud'huy
et lui demande de se maintenir à tout prix autour d'Arras
en attaquant par sa gauche avec la cavalerie et le 21eme Corps
nouvellement débarqué.
Mardi
6,
le 1er bat. reprend les tranchées nord et nord-est du
bois d'Authuile, ses 3ème et 4ème cies organisent
la défense du village. Le 2ème bat. organise la
position Mesnil - cote 142. Le 19ème, aidé par
le 1er bat. du 62ème, essaie de reprendre la cote 141,
il réussit à progresser jusqu'aux abords de la
crête, mais ne peut l'enlever complètement.
Le
10eme Corps perdait Beaurains, et la division Barboi se repliait
jusque dans les faubourgs d'Arras, qui allait subir les horreurs
du bombardement.
Les
troupes engagées entre l'Oise et les plateaux à
l'est d'Arras, ne maintiennent qu'au prix des plus grandes difficultés.
Dans la région de Roye, elles perdent Parvilliers, Villiers-lès-Roye,
Andechy, le Quesnoy-en-Santerre, une partie de Beuvraigne et
de Saint-Aurin. Plus au nord, elles étaient également
forcées d'abandonner Gommécourt.
Mercredi
7,
mort de Laurent
STEPHANT,
du corps des fusiliers marins, de Port-Lay, lors de la retraite
des armées belges vers l'Yser (Belgique).
Jeudi
8,
le 2ème bat. du 62ème reçoit à 8h,
l'ordre d'attaquer Beaumont-Hamel, en liaison avec un bat. du
64ème et un du 337ème.
L'attaque
se déclenche à 13h.; elle progresse jusqu'à
proximité du villa-ge, mais ne peut continuer en raison
du feu de l'artillerie ennemie que la nôtre ne peut maîtriser.
Malgré les pertes très sensibles, le 2ème
bat. conserve la position conquise pendant toute la journée.
A la nuit, il reçoit l'ordre de se replier sur ses emplacements
de la veille.
Pendant
ces dures journées de combat, le 62ème a réussi
à enlever à l'ennemi des points importants du
terrain en lui faisant subir des pertes sérieuses. De
nombreux soldats ont déployé dans ces attaques
incessantes une énergie et un courage au-dessus de tout
éloge; tel le sergent-major Zwilling, à qui le
général commandant en chef confère la médaille
militaire avec la citation suivante :
"
Ayant combattu toute la journée du 29 sept. et sa section
ayant épuisé ses munitions a enlevé celle-ci
pour la jeter à la baïonnette sur l'ennemi. Blessé
grièvement, a continué à commander sa section
avec une énergie au-dessus de tout éloge. N'a
consenti à se laisser soigner que sur l'ordre formel
de son chef de corps dans l'espoir que les soins hâteraient
son retour à la tête de sa troupe."
A
gauche, l'Armée de Maud'huy, qui devient la 1ere Armée,
réussit à maintenir ses positions au sud et à
l'est d'Arras et à repousser, à force de vigilance
et de ténacité, les violentes tentatives allemandes
pour la couper de la mer. C'est en vain que Bulow a déchaîné
l'attaque brusqué d'une masse de cavalerie, renforcée
par des détachements d'infanterie transportés
en automobiles. Cette cavalerie pousse jusqu'à Hazebrouck,
Bailleul et Cassel. Mais l'ennemi échoue devant Arras
dont il peut détruire les monuments, mais non forcer
l'enceinte vaillamment défendue par le Corps mixte du
général d'Urbal.
Vendredi
9,
après la prise d'Anvers par les Allemands, l'armée
belge se replie sur Ostende. Le gouvernement du roi Albert 1er
se transporte au Havre.
Une
nouvelle phase d'opérations commence, dans laquelle les
Français, vont agir en liaison intime avec les Belges
et les Anglais rassemblés face aux Flandres.
Le
roi Albert garde le commandement de ses troupes, tout en se
déclarant prêt à recevoir les instructions
du généralissime français. Le maréchal
French a accepté, en fait, la nécessaire subordination.
Mais c'est avec lenteur que l'Armée britannique a quitté
la région de l'Aisne pour arriver par voie ferrée
en Flandre et en Belgique, de Béthune à Ypres.
La mission de cette Armée, sera de prolonger d'une manière
incessante, au fur et à mesure de ses débarquements,
le front du dispositif général, afin de déborder
l'ennemi et d'entrer ainsi en liaison avec l'Armée belge.
Elle a trouvé l'appui de nos Corps de cavalerie parvenus
au nord de la Lys. Le but de ses premières opérations
va consister à aider les Belges à tenir sur l'Yser,
et à empêcher toute offensive allemande sur Dunkerque
et Calais, car la trouée s'ouvre toujours de Dunkerque
à Lens. Il est aussi urgent que les divisions anglaises
et indiennes de French apportent leur secours à de Maud'huy.
Samedi
10,
le général Chaplain, cdt la 44ème brigade,
est remplacé par le général de Villeon.
Dimanche
11,
le cap. Bournat, conduit sa compagnie du 62ème dans une
attaque de nuit, il a la cuisse droite brisée par un
projectile et qui, maîtrisant ses douleurs, se relève
sur son genou gauche et continue à diriger l'opération
jusqu'au moment ou, vaincu par la souffrance, il tombe complètement
épuisé.
C'est
après ces combats des premiers jours d'octobre que la
guerre de tranchée commence pour cette portion de front.
Attaques
partielles et coups de main se succèdent dans ce secteur
d'Avelly-Authuile, que le 62ème occupe pendant le dur
hiver de 1914 à 1915 et jusqu'en juillet 15. Gradés
et hommes du 62ème trouvent là des occasions de
se distinguer.
Le
caporal François Le Floch reçoit le 10 oct. la
médaille militaire avec cette belle citation: " Depuis
plus d'un mois, 3 ou 4 fois par jour, du haut d'un arbre observe
les mouvements et les travaux de l'ennemi. A fourni, comme observateur,
les renseignements les plus précieux sur les réglages
et les effets du feu de nos batteries d'artillerie. Malgré
la chute des feuilles, continue avec le plus grand sang-froid
sa mission périlleuse. A été repéré
par l'ennemi; méprisant les balles qui lui sont destinées,
observe avec le même calme. A demandé à
être attaché à l'arbre pour le cas où
il serait blessé et exposé à tomber. Pour
répondre à la mobilisation, a quitté le
Canada, laissant femme et enfants. "
Mercredi
14,
après la retraite à travers les Flandres, et forte
d'à peine 49.000 fusils, l'Armée belge arrive
à Nieuport, dans un effroyable état d'épuisement.
" Nous sommes des morts vivants " répétaient de
malheureux fantassins qui, depuis leur sortie d'Anvers, avaient
passé par les épreuves et les privations les plus
cruelles.
Maîtrisant
son abattement, cette petite Armée s'établit au
nord et à l'extrême-gauche de la ligne alliée,
le long de l'Yser, avec une tête de pont à DIXMUDE
et une à NIEUPORT. L'armée s'étirait jusqu'à
Boesinghe où elle se rattachait aux Français (sur
l'Yperlée). Dans la région d'YPRES, se trouvaient
les Anglais qui, en fait, occupaient un large saillant devant
la ville d'Ypres, jusque Langemarck, Zonnebeke, Gheluveit.
Si
elle devenait maîtresse de la côte, l'armée
du Kaiser pourrait aisément frayer un chemin vers Paris
par la Normandie et l'Île de' France. Les Allemands ne
doutent pas du succès. Guillaume II, rentré à
Luxembourg le soir de la Marne fait annoncer son retour au milieu
de ses troupes pour présider à leur triomphe.
Ainsi,
l'Armée d'Urbal reçoit de très gros renforts.
Augmentée peu à peu de 4 nouveaux Corps d'Armée,
elle va constituer l'Armée Belgique. Une solide barrière
vient s'établir à l'aide de 5 Armées. Trois
françaises, une anglaise et une belge. Foch s'est juré
de ne pas céder, inaugurant ainsi cette guerre de forteresse
dont l'ennemi a déjà donné l'exemple sur
d'autres à points, et qui va bientôt s'imposer
comme une règle commune et inévitable aux deux
adversaires.
Les
Anglais, une fois leur concentration achevée, se formèrent
au centre et à droite, dans la région de la Lys,
et occupèrent Ypres. Les Français, eux, furent
répartis un peu partout, formant les gros bataillons
de résistance, étayant de tous côtés
leurs alliés, prêts à se porter, à
chaque instant, au secours de l'un ou de l'autre.
De
leur côté, les Allemands ont massé, entre
la Lys et la mer, 15 Corps d'Armée, qui vont bientôt
se grossir de 4 autres, et 4 Corps de cavalerie. Leur plan tient
en deux opérations : d'abord, tourner notre gauche en
longeant la mer, ce qui provoquera la bataille de l'Yser; ensuite,
percer notre front en quelque endroit de la grande plaine flamande,
pour essayer, aussitôt après, de déborder
notre droite, ce qui déchaînera la bataille d'Ypres.
Et il s'agit de pousser l'exécution de ce plan avec vigueur
et promptitude, car le Kaiser a signifié à ses
soldats qu'il voulait être à Ypres le 1er novembre,
pour y proclamer l'annexion de la Belgique.
Jeudi
15,
mort du
sous-lieutenant
Gaston LE MOUROUX
(sous-officier
au 62° R.I.) de Port-Tudy, tombé à Authuille,
Ypres
se trouve couvert par les 87ème et 89ème divisions
territoriales, envoyées de Dunkerque. En les y rejoignant,
de Mitry va établir enfin la soudure. Mais celle-ci apparaît
si frêle, si précaire, que la situation devient
chaque jour plus critique. C'est tout juste si la magnifique
résistance devant Arras du 33ème Corps, de la
division Barbot, empêche la rupture de la ligne française.
Après
une marche épuisante les fusiliers de l'amiral Ronac'h
découvrent Dixmude. " Les marins n'ont guère le
temps de contempler le gracieux spectacle qu'offre ce bourg
charmant avec ses superbes moulins à vent, explique A.
R. Nêple, un vétéran, dans son journal de
route de la brigade Ronarc'h. Dès le lendemain, la ligne
de défense est organisée d'une façon à
peu près continue et il était temps car à
16 h, la première attaque allemande se déclenche
par artillerie et infanterie. "
Vendredi
16
(au 1er nov) début des combats de l'Yser (Dixmude, Nieuport,
)
A
cette date, le front franco-belge entre Dixmude et la mer est
jalonné par les villages de Beerst, Keyem, Leke, Saint-Pierre-Capelle
et Slype. Il suit à peu près la ligne du chemin
de fer routier d'Ypres à Ostende.
L'ennemi
lance une première attaque, appuyée seulement
par des batteries de 150, car il n'a pas eu le temps d'amener
les grosses pièces qui ont détruit les forts d'Anvers
Samedi
17,
l'arrivée de renforts d'artillerie permet aux alliés
d'enrayer cette offensive.
Les
Belges ont dû replier le gros de leurs troupes derrière
la ligne du chemin de fer de Nieuport à Dixmude, en ne
conservant, en première ligne, que l'artillerie et une
brigade d'élite commandée parle colonel Meiser.
Celle-ci
occupe Dixmude, où elle trouve la brigade des fusiliers
marins de l'amiral Ronarc'h à qui Foch a dit : " Il faut
tenir à tout prix, mais dans quatre jours vous serez
relevés ". Et malgré les assauts les plus acharnés,
le feu le plus infernal, Ronarc'h et ses gars héroïques
tiendront pendant 25 jours.
Dès
que l'Armée du duc de Wurtemberg a atteint l'Yser, en
traînant avec elle une formidable artillerie, Dixmude
devient son principal objectif. Les maisons commencent à
s'écrouler dans les flammes. La ville est évacuée
par ses habitants.
Nos
fusiliers marins, une poignée de gardes civiques et les
fantassins du colonel Meiser vont rivaliser de vaillance et
de ténacité pour empêcher l'envahisseur
de rompre la ligne.
A
300 mètres des Allemands, les marins s'installent dans
des tranchées profondes de 1 m 70, et soigneusement recouvertes
avec des mottes de terre glaise. En ce terrible " mouillage
" où l'amiral les a " amarrés ", ils vont continuer
d'observer stoïquement la rigide discipline du bord . Si
leur âme est prête au sacrifice, rien n'échappe
à leur oeil habitué à sonder les vastes
horizon et ils commencent par faire abattre, à l'aide
de petits canons belges, les moulins voisins dont chaque mouvement
d'ailes apporte un signal à l'ennemi. Dans les premiers
jours, une visite vient encore exciter leur courage : celle
d'un officier, tunique noire sans galons, très grand
et très pâle : le roi Albert Ier . Par la pression
émue des rudes mains bretonnes qu'il serre, il comprend
de suite que ce suprême coin de son royaume sera défendu
avec une magnifique opiniâtreté.
Lundi
19,
les Allemands reprennent l'offensive et enlèvent, ce
jour-là, aux Belges les villages de Leke, Keyeni et Beerst.
Arrive alors un ordre de repli le long de la rive de l'Yser,
car l'État-Major belge estime la ligne du chemin de fer
routier d'Ostende à Ypres trop longue pour être
efficacement défendue, et n'occupe plus sur la rive droite
de l'Yser, entre Dixmude et la mer, que les têtes de pont
aux extrémités du front (Lombartsijde et Dixmude).
Les
allemands vont surtout frapper à coups redoublés
autour de Dixmude, qui se trouve désormais en flèche
et constitue un dangereux saillant. Tête de pont sur la
rive droite de l'Yser, la ville commande la route de Dunkerque,
comme Ypres commande la route de Calais .
Mort
de Louis
BLOREC,
du corps des fusiliers marins, de Locmaria, lors de cette bataille
en Belgique
Mercredi
21,
un bombardement en règle fait rage sur Dixmude. Marmites
et shrapnells transforment le ciel en une voûte de fer
et de feu . L'église et le beffroi s'embrasent, tandis
que multiplient dans les tranchées et dans la ville l'hécatombes
de Belges et de Français.
Puis
des trombes d'infanterie allemande s'élancent à
l'assaut, dans un coude à coude qui se resserre sar cesse,
malgré les sanglantes trouées que creusent en
elles les fusils et les mitrailleuses des marins bretons . Cet
effort se brise contre la ligne infranchissable de nos tranchées;
et c'est en vain que l'ennemi renouvelle ses tentatives. C'est
en vain qu'il reprend le bombardement sauvage.
Une
feinte à l'est ne réussi pas mieux. Prévenu
à temps Ronarc'h envoie des réserve: qui, malgré
leur faiblesse numérique, font rebrousser chemin à
cette pointe d'attaque, imprudemment aventurée.
|
Lors
de cette journée, mort
d'Eugène
METAYER,
de Locmaria, du 1er régiment
du corps des fusiliers marins, (Il
meurt à Dunkerque, suites des
blessures contractées
à Dixmude, cf pierre tombale
n° 962 du cimetière de
Dunkerque). La plaque située
dans l'église de Groix
indique sa mort le 26 (probablement
date à laquelle on a appris
son décès à
Groix)
|
|
Tandis
qu'à Dixmude deux seules brigades tenaient tête
à la ruée tudesque, plus au nord la boucle de
l'Yser courait les plus graves périls. Les réserves
belges chargées du secteur situé entre Dixmude
et Nieuport commençaient à s'épuiser.
Au
soir, dans Furnes, où le roi Albert a établi son
Quartier Général, retentit une fanfare française
: la Sidi-Brahim. C'est le 16eme bataillon de chasseurs qui
accourt, en avant-garde de notre 42eme division. Celle-ci est
commandée par un chef vite devenue populaire, Grossetti
ventru, jovial et intrépide, qui se bat à la manière
d'Henri IV, en faisant des mots et en cognant comme un sourd
. Sans perdre une heure, il réoccupe Lombaertzyde et
pousse vers Ostende, pendant que Mitry, à droite, entraîne
ses cavaliers vers la forêt d'Houthulst et enlève
Bixschoote.
Jeudi
22,
les Allemands n'en foncent que plus rudement sur le centre de
la ligne tenue parles Belges, ils réussissent à
traverser l'Yser, ils s'emparent de Tervaete, petit village
situé en aval de Dixmude, et le conservent malgré
une violente contre-attaque déclenchée, dès
le lendemain, par nos Alliés.
Les
fusiliers marins de Ronarc'h n'ont pu secourir les Belges, car,
installées à Vladsloo, Eessen et Clercken, de
nombreuses pièces lourdes les couvrent de feux dans Dixmude.
Samedi
24,
la ville peut être prise à revers, maintenant que
l'ennemi a forcé l'entrée de la vallée
de l'Yser. Pour prévenir une attaque de flanc, Ronarc'h
envoie le commandant Rabot à Oudstuyvekenskerke pour
établir une ligne de défense face au nord. Mais
l'envahisseur est déjà parvenu à déloger
les divisions belges de la vallée de l'Yser.
Il
lance deux assauts entre Pervyse et Ramscapelle, afin de les
chasser de leur seconde ligne de défense, constituée
par la voie ferrée de Nieuport à Dixmude. Avec
l'aide de la division Grossetti, nos alliés maintiennent
leurs positions. Néanmoins, la situation devient de plus
en plus critique. Sous la pression des incessants renforts que
reçoit l'ennemi, nos lignes, fortement ébranlées,
faiblissent, vacillent, menacent de se rompre .
Toujours
maître de Tervaete et de la vallée de l'Yser, le
Commandement. allemand pousse de nouvelles masses vers Dixmude,
où il espère emporter la décision de la
bataille. Après avoir franchi la rivière, les
divisions bavaroises et wurtembergeoises parviennent aux abords
de la ligne du chemin de fer Nieuport-Dixmude, et, menaçant
ainsi notre deuxième position de défense, enlèvent
Pervyse et Ramscapelle.
Mais
peut-on laisser aux mains de l'ennemi ces positions sans lesquelles
il n'est plus de salut à espérer? Grosseti a reçu
l'ordre de d'Urbal: " La ligne de l'Yser doit être maintenue
ou rétablie à tout prix. " Arrêtant sa marche
vers Ostende, il va lancer la brigade Bazelaire sur Pervyse.
Bien
retranchés et disposant d'une redoutable artillerie,
les Allemands font pleuvoir une grêle de shrapnells sur
nos soldats, dont la marche est d'abord hésitante. "
Ouvrez vos parapluies ! " clame Grossetti. Rassérénés
par ce mot, nos soldats enlèvent leurs sacs et s'en couvrent
la tête. L'audace goguenarde de leur chef a trouvé
mieux pour stimuler leur élan. Plein de mépris
pour les volées de mitraille qui balaient la route, Grossetti
s'y installe, fait apporter deux chaises; et, pendant une demi-heure,
il dicte là ses ordres et reçoit les officiers
envoyés aux renseignements.
Un
major anglais, en particulier, est saisi d'admiration devant
cette impassibilité héroïque qui passe de
loin le flegme britannique. La ville est reprise. De son côté,
le commandant Rabot, avec les fusiliers marins, a réussi
à réoccuper Ramscapelle.
Dimanche
25 (au
13 nov.), bataille d'Ypres :Bixchoote, Zandvoorde,
A
Dixmude, Ronarc'h continuait de tenir. Malgré nos contre-offensives
qui les repoussent sans cesse, les Allemands font preuve d'une
audace extraordinaire. Dans la nuit, un de leurs détachements
réussit à se faufiler, sans être vu, entre
deux tranchées et à pénétrer dans
la ville par la voie du chemin de fer. L'adversaire enlève
le médecin principal Duguet, un aumônier, l'abbé
Le Helloco, le capitaine de fréguate Jeanniot, et lâchement
il fusille ces prisonnier . Mais les nôtres accourent,
cernent les allemands et les abattent sans pitié.
Le
moral des fusiliers ne se laisse pas entamer par la chute des
280 et des 320, qui bouleversent leurs frêles tranchées.
Pas une minute de répit pour ces infatigables que les
Allemands ont vite appris à redouter et qu'ils ont surnommés,
pour leur grâce juvénile, " les demoiselles au
pompon rouge ". Ils ne quittent l'intenable tranchée
que pour pousser dans la direction de l'ennemi des pointes hardies
et toujours effroyablement meurtrières.
Leur
effectif fond avec une incroyable rapidité.
Lundi
26,
les fusiliers
voient leurs rangs clairsemés se grossir de nouveaux
compagnons d'armes qu'on a un peu trop oubliés dans les
hommages rendus aux défenseurs de Dixmude. Ce sont les
tirailleurs sénégalais
du 4ème bataillon du Maroc (commandant Frèrejean)
et du 1er bataillon d'Algérie (commandant Brochot). Ces
braves, qui viennent de livrer de terribles combats autour d'Arras,
prennent tout de suite, avec leur fatalisme résigné,
leur part des périls et des sacrifices.
Sans
être relevés ni renforcés, ils vont soutenir
jusqu'au bout les chocs furieux et le bombardement ininterrompu
qui aura vite fait de les décimer.
La
brigade belge Meiser ne se montre pas en reste d'héroïsme.
Partout où l'appelle sa place de combat, elle résiste
à la poussée progressive de l'ennemi avec une
vaillance et une abnégation admirable. Le 12e de ligne
belge doit soutenir un violent combat près du canal d'Handzaëme,
dans des prairies qui, en raison d'un lointain souvenir de bataille,
portent un nom prédestiné : le Puits de sang.
En vain, la vague allemande déferle, grand fracas de
cris et de chants, jusqu'au bol des tranchées.
Les
Belges, par leur fusillade bien ajustée et bien nourrie,
par leurs mitrailleuses et par ces petits canons qu'ils ont
baptisés Klakke-bussen, ouvrent dans les rangs des assaillants,
ivres d'alcool et de rage, de si larges trouées que ceux-ci
se terrent avec effroi, puis sont contraints de se replier.
Jusqu'à la fin d'octobre, les combats vont se succéder
quotidiennement avec le même acharnement, non seulement
autour de Dixmude, mais jusqu'aux dunes de la mer du Nord .
Sur
cette mer elle-même le canon tonne, car l'amiral anglais
Hood, avec des monitors et des croiseurs, bombarde les forces
allemandes qui s'aventurent trop près du littoral.
Sur
l'Yser, la mêlée, se fait plus dense et plus forcenée.
Les artilleries adverses sont souvent obligées de se
taire, par, que les lignes de l'ennemi se confondent avec les
nôtres. De furieux corps à corps se multiplie où
l'on joue de la baïonnette, du revolver et la crosse de
fusil.
Pour
franchir les canaux, les fantassins Allemands ont été
munis de planches et ils s'élancent à l'attaque
en s'en couvrant comme de bouclier En arrivant à la rive,
ils les jettent en travers des deux berges, puis courent à
nos retranchements, mais ils n'y parviennent qu'en assez petit
nombre; et, fauchés par les mitrailleuses, rejetés
à la baïonnette, nombreux sont ceux qu'on ver tout
à l'heure flotter inanimés sur les eaux du canal
.
Les
cadavres allemands s'accumulent par monceaux sur les rives de
l'Yser et rougissent son cours indolent. Plus d'une fois, ils
forment en travers des canaux des barrages si hauts et si compacts
que l'eau, en refluant, déborde sur les rives. Ces hécatombes,
dans la boue détrempée des plaines et la souillure
des marécages, laisseront à cette bataille le
plus sinistre renom.
Mais
l'effort germanique désespéré et sans cesse
appuyé de forces nouvelles n'allait-il pas finir par
triompher ? Épuisés, dénués de réserves,
les Belges pourraient-ils tenir encore longtemps ? Grossetti
et sa 42eme division allaient-ils suffire au rétablissement
de la situation
Mardi
27,
les Belges n'avaient plus pour toute ligne de protection que
la chaussée du chemin de fer de Nieuport à Dixmude.
Foch pourra dire plus tard: "Ce talus de 1 m 20 nous a tous
sauvés."
Notre
Haut Commandement, jugeant l'heure particulièrement critique,
appela à son aide un allié suprême : l'inondation.
Charles-Louis Kogge, "garde-wateringue du nord de Furnes", chargé
du contrôle des grandes écluses de Nieuport qui
distribuent les eaux dans les canaux de toute la région,
il savait à quelles conditions il était possible
de submerger la plaine. Foch commença par hésiter.
Le talus de 1 m. 2o qui abritait les restes de l'Armée
belge résisterait-il à la poussée de l'eau
? L'inquiétude qu'il éprouvait d'une situation
de plus en plus grave le décida promptement, et le plan
soumis par le garde-wateringue fut adopté. Bientôt
l'eau commença à se répandre dans la plaine,
non à la façon d'un mascaret, mais lentement,
insensiblement les Allemands s'étaient étonnés
de voir le feu de nos batteries lourdes concentré sur
les digues du canal de l'Yser.
Bientôt
ils surgissaient, effarés, de leurs tranchées
inondées, comprenant que les écluses étaient
ouvertes. Ils ne perdirent cependant pas courage et nous attaquèrent
avec une hâte impétueuse, dans l'espoir d'arriver
au talus et de l'enlever avant que le flot, toujours montant,
leur en barrât le chemin.
Jeudi
29,
entrée en guerre de la Turquie
Un
nouvel assaut des allemands sur Dixmude est repoussé
Vendredi
30,
ouverture des hostilités aux Dardanelles
L'action
reprend sur tout le front, de la mer à La Bassée.
Les Belges qui défendaient Ramscapelle furent assaillis
par des hordes hurlantes et frénétiques, serrant
leurs rangs dans l'eau qui leur montait à mi-corps, souillées
de fange, sordides et hideuses. Forçant à un recul
précipité les Belges exténués et
par trop réduits en nombre, ces hordes atteignirent la
chaussée du chemin de fer.
Le
front était percé; l'inondation semblait déjouée.
A
la fin d'octobre, la sécurité de l'Armée
française dans le Nord ne parait plus douteuse, mais
Foch n'est véritablement rassuré qu'à l'arrivée
de la 42eme division, puis du 9eme Corps d'Armée. Ces
forces montent au nord de la Lys, dernière étape
de la course à la mer, et viennent étayer nos
alliés belges et anglais. Désormais, il n'y a
plus de solution à attendre entre Somme et Scarpe. C'est
sur le saillant d'Ypres que les Allemands ont décidé
d'asséner leur suprême coup de bélier.
Avant
que les événements prissent une telle face, les
Anglais s'étaient efforcés de secourir Lille et
de menacer les communications de l'ennemi. Dans ce but, ils
avaient décidé de s'emparer de La Bassée,
nud très important de voies ferrées et de
routes, unissant la région lilloise à l'intérieur
de l'Artois.
Malheureusement,
la chute de Lille et la violence des réactions allemandes
arrêtèrent l'offensive du général
Smith Dorien. Malgré l'important renfort des divisions
indiennes de Lahore et de Meerut, celui-ci dut se contenter
de défendre les approches de Béthune par un solide
système de tranchées.
Reprise
de Quesnoy en santerre par les français
Novembre
Dimanche
1er,
les Allemands commencent la retraite ! L'inondation, heureusement,
allait se charger de réparer cet échec. A notre
gauche, l'ennemi était déjà contraint d'abandonner
la rive gauche de l'Yser, en aval de Dixmude. L'ennemi en retraite
abandonnait des prisonniers, des blessés et des batteries
enlisées. La grande nappe liquide s'étalait sur
une longueur de trente kilomètres et une largeur de cinq,
entre Dixmude et Nieuport. Pendant ce temps, Dixmude achevait
de mourir. Ses carrefours étaient transformés
en charniers. Pendant huit jours, le bombardement redoubla,
s'acharnant particulièrement sur le cimetière.
Mardi
3,
bombardement de Seddul-Bahr
Les
mêmes assauts furieux continuaient à se succéder
contre nos tranchées de Dixmude, presque toujours reprises
aussitôt que perdues. Mais les Allemands, recevant des
renforts, se décident à sacrifier dix mille hommes
pour prendre Dixmude et passer l'Yser. Sous cette formidable
poussée, nos premières lignes finissent par craquer
du côté de la route d'Eessen. Nos sections décimées
se replient en bon ordre vers la ville et s'y barricadent.
Vendredi
6,
l'offensive allemande sur Ypres est enrayée.
Lundi
9,
et mardi 10,
le sort de Dixmude est déjà décidé.
L'ennemi surgit maintenant de tous les côtés, à
droite, à gauche, devant, derrière, traquant dans
leurs réduits suprêmes marins, Sénégalais
et Belges. Une effroyable mêlée, un enchevêtrement
inextricable d'hommes qui luttent en désespérés,
ensanglante les derniers quartiers restés entre nos mains.
On
se bat à la baïonnette, à coups de crosses,
à coups de pierres, à coups de poing. Les allemands
gagnent un peu de terrain mais sont finalement massacrés
jusqu'au dernier par un contre attaque des bretons . Les Allemands
ont réussi à faire des prisonniers, qu'ils réunissent
au bord de l'Yser. Parmi eux se trouve le lieutenant de vaisseau
Sérieyx, grièvement blessé à l'épaule.
Lâchement,
les Allemands poussent ces prisonniers vers l'arrière,
en direction de nos tranchées, et s'abritent derrière
leurs corps. Ils ordonnent au lieutenant de vaisseau de sommer
les défenseurs de se rendre. " Y pensez vous ? répond
froidement Sérieyx. Ils sont dix mille: vous n'êtes
qu'une poignée. Comment voulez-vous qu'ils se rendent
? " Mensonge héroïque, car il peut attirer en quelques
secondes la mort sur son auteur. Mais, brusquement, la fusillade
éclate sur la droite de l'ennemi. Sérieyx fait
signe à ses hommes; et, leur donnant l'exemple, il se
jette dans l'Yser, nage vigoureusement de son bras valide et
réussit avec quelques marins à gagner l'autre
rive.
C'est
l'heure suprême où, après 25 jours d'endurance
surhumaine, la défense en est réduite à
ses derniers soubresauts, et où il va falloir abandonner
ce monceau de ruines et de cendres qu'est devenu la calme et
silencieuse petite ville flamande.
Tandis
que sonne le clairon de la retraite, les plus entêtés
à combattre brûlent leurs dernières cartouches
derrière les débris fumants des barricades, puis
refluent sur l'Yser dont l'amiral s'apprête à faire
sauter les ponts. L'ennemi n'a pu passer la rivière et
il ne passera pas. Les deux tiers des pompons rouge sont tombés
pour lui barrer la route.
Par
suite de l'inondation, Dixmude martyre ne pouvait plus remplir
son rôle de tête de pont. Derrière elle s'étendait
une nappe d'eau d'une lieue de large, infranchissable à
l'Armée la mieux outillée. Dunkerque n'avait plus
rien à redouter.
|
Au
cours de ces combats,
morts
d'Yves
SALAHUN,
de Locmaria, du 2ème
régiment du corps des
fusiliers marins. Il est
enterré dans l'ossuaire de
Veurne en Belgique (Sur sa tombe est
portée la date du
9/11/1914)
et
de
Théodore
METAYER,
de Locmaria, du 2ème
régiment du corps des
fusiliers marins. Il est
enterré dans l'ossuaire de
Veurne en Belgique (Sur sa tombe est
portée la date du
9/11/1914)
|
|
Journal
de l'amiral Ronarc'h: Les obus pleuvent. " Le
feu prend en ville, des maisons brûlent et le
21 octobre, à 8 h, l'église Saint-Nicolas
s'embrase. Vers 11 h, c'est le tour du beffroi et à
midi la chute du gros bourdon. "
L'ennemi
très supérieur en nombre se rapproche
des tranchées. " L'assaut est repoussé
mais les pertes sont très fortes des deux côtés.
Les Allemands ont laissé de nombreux morts en
avant de nos lignes, en certains endroits à quelques
mètres de nos tranchées ". La brigade
n'a plus de réserves "certaines compagnies
n'ont plus ni officiers, ni premiers maîtres.
" Les combats se poursuivent maison par maison. " La
bagarre est invraisemblable car les balles viennent
de tous côtés et partout il y a des morts
et des blessés qu'il est impossible de secourir.
" A 17 h, le contre-amiral Ronarc'h se résigne
au repli, " car sa mission était de tenir l'Yser
et non la ville.".
La
nuit, 450 survivants s'échappent en rampant dans
les trous d'obus. Ils atteignent l'Yser qu'ils réussissent
à traverser sur un pont flottant. Les fusiliers
" sont dans un état d'épuisement et
de délabrement impossible à décrire
". Fin 1915, la brigade est dissoute. Les rescapés
retrouvent Lorient. Un journaliste salue " les joyeux
et avisés mathurins de retour de leur épique
randonnée de plus de 15 mois "
Les
pertes sont effroyables surtout dans les premières
semaines du conflit. En octobre, novembre 1914 pendant
la bataille de Dixmude, 23 officiers, 37 officiers mariniers
et 450 quartiers maîtres et matelots ont été
tués, parmi eux 7 groisillons. Les blessés
étaient au nombre de 52 chez les officiers, 108
chez les officiers mariniers et 1 774 parmi les quartiers
maîtres et matelots. 698 ont été
faits prisonniers ou portés disparus. En novembre
1915, au moment de la dissolution de l'unité,
il ne restait plus aucun marin appartenant au contingent
de 1914.
Le
sacrifice de la brigade Ronarc'h eut un grand retentissement
en France. On s'aperçut bien vite que cette unité
héroïque n'avait même pas de drapeau
! Les villes de Toulon et de Lorient s'étaient
portées candidates pour offrir l'emblème.
Le ministre de la Marine trancha en faveur de Lorient.
Le drapeau fut remis à la brigade, le 11 janvier
1915, près de Dunkerque par le président
Poincaré en personne. Il brûla accidentellement,
le 13 septembre 1917, dans un cantonnement.
Dans
le Dixmude d'aujourd'hui (Diksmuide, en flamand) s'élève
un monument à la mémoire des fusiliers
du contre-amiral Ronarc'h. Le texte y est gravé
en français. Un peu plus loin, sur une rive de
l'Yser, une tranchée a été conservée
et restaurée pour le devoir de mémoire.
Dans le musée qui lui est associé : des
photos, des récits, des lettres de soldats qui
ont laissé leur vie dans ce " Boyau de la mort
".
|
Début
de la guerre de positions sur l'ensemble du front,.
Après
la bataille de l'Yser, qui terminait la première phase
de la campagne (la guerre de mouvement) et marquait l'arrêt
et l'offensive allemande, il y eut sur l'ensemble du front,
qui est désormais continu, de la mer du Nord à
la frontière suisse, une stabilisation; celle-ci dura
4 années.
Entre
le canal de LOO qui, en fait, n'eut jamais à servir et
le remblai du chemin de fer, les Belges construisirent un vaste
réseau de tranchées constituant un front qui,
couvert par l'inondation, résista durant quatre années.
Si
Dunkerque a la mission de ravitailler les troupes au combat,
lui revient aussi la lourde charge d'accueillir et de soigner
les nombreux blessés qui en reviennent. Au début
du conflit, la capacité d'accueil s'éléve
à environ 2300 lits. Les conditions paraissent satisfaisantes
bien qu'il ait fallu réquisitionner en plus de hépitaux
militaires et civils, l'hospice de vieillards, les colléges
Fénelon et Lamartine, l'institut Dunkerquois, les écoles
Trystram et Sévigné, les locaux des Petites Soeurs
des Pauvres et surtout le sanatorium de Zuydcoote qui offre
à lui seul plus de 600 lits. Le docteur Beigneux, qui
assure la direction de la santé publique est rapidement
submergé par le nombre de blessés à accueillir.
Plus de 120 000 arrivent à Dunkerque pendant la bataille
de l'Yser durant l'automne 1914. Au plus fort des combats, la
ville offre plus de 7 000 lits que l'on a installés dans
des endroits de fortune comme le collége Jean-Bart ou
celui des Dunes et méme dans les casinos de Malo et Malo-terminus
oé sont regroupés les convalescents. Les médecins,
trop peu nombreux ne dorment que 3 à 4 heures par nuit.
L'apparition de maladies contagieuses vient encore compliquer
la tâche du médecin-chef Beigneux. A partir de
la fin du mois d'octobre, la fiévre typhoïde fait
des ravages. 20, 30 et jusque 100 malades contagieux arrivent
chaque jour dans les hépitaux de la ville. Au total c'est
plus de 10 000 cas de typhus qu'il faut prendre en charge, auxquels
s'ajoutent les épidémies de rougeole et de scarlatine.
Le docteur Beigneux décide d'ouvrir un service spécial
à Zuydcoote . Celui-ci s'avére rapidement trop
petit, il faut y ajouter des baraques supplémentaires
. On se décide méme é accueillir les soldats
contagieux à l'hépital et à l'hospice de
Rosendaél, puis chez les Petites Séurs des Pauvres
et enfin dans les colléges réquisitionnés.
Les autorités médicales craignent que l'épidémie
ne gagne la population civile. La situation s'améliore
heureusement durant l'hiver 1915, avant que l'été
n'apporte une épidémie de dysenterie. Dunkerque
reçoit aussi de nombreux gazés lors de la bataille
d'Ypres.
Le
62ème est sur le front dans la Somme (secteur d'Avelly-Authuile)
Décembre
Mardi
1er
(au 24), combats en Artois (Vermelles, La
Boisselle, Andéchy,...)
Vendredi
4,
prise de la "maison du passeur"
(Yser)
Jeudi
10,
mort de Charles
ROMIEUX
de Port-Tudy à Lorient, (des suites de
ses blessures contractées à
?)
Jeudi
17
(au
24), la 22° D.I. participe aux attaques
de la Boisselle et d'Orvillers
Combats
en Champagne (Mesnils les Hurlus, Massiges,
Perthes les Hurlus,
)
Samedi
26,
lendemain de Noël, mort
de
Joseph DAVIGO
de Kermarec tombé en
Argonne.
Le
62ème est sur le front dans la Somme
(secteur d'Avelly-Authuile)